V.1
La question du butin de guerre ouvre cette sourate médinoise. Ibn Kathir rapporte plusieurs positions sur la définition exacte du terme al-anfal. Pour Ibn Abbas, il désigne la part exceptionnelle que l'imam accorde à un combattant à titre personnel après le partage des dépouilles. Moujahed relie la révélation de la sourate Anfal à la question du sort du cinquième après Badr. 'Ata Ben Abi Rabah adopte une définition plus large : tout ce qui revient au Prophète ﷺ des polythéistes, montures, esclaves ou armes, sans qu'un combat ait eu lieu.
La circonstance de révélation est rapportée par l'imam Ahmed d'après 'Oubada Ben As-Samet. Le jour de Badr, les muslums se divisèrent en trois groupes selon leurs actions : la poursuite de l'ennemi, la collecte des dépouilles, la protection du Prophète ﷺ. Le différend qui surgit entre eux au moment du partage conduisit à la révélation de la sourate Anfal, établissant que le butin appartient à Allah et à Son Messager ﷺ. L'injonction de maintenir la concorde et d'obéir à Allah et à Son Envoyé ﷺ encadre toute cette question.
Al-Qassem Ben Salam précise dans «Al-Amwal Al-Char'iya» que le butin revenait en principe au Prophète ﷺ sur la base de ce verset, et que la règle du cinquième fut révélée ultérieurement pour abroger ce premier dispositif. Ibn Zaid s'oppose à cette lecture et considère le premier verset de la sourate Anfal comme fondamental et non abrogé : le cinquième du butin est simplement consacré aux ayants droit selon le Coran et la Sunna.
V.2-4
Quatre marques caractérisent le croyant véritable selon ce passage. Les cœurs frémissent à la mention d'Allah, la foi grandit à l'écoute des versets, toute confiance repose sur Allah seul, la prière est accomplie et les biens sont dépensés dans Sa voie. Dans la sourate Anfal, As-Souddy précise que ce frémissement concerne l'homme sur le point de commettre un acte blâmable : le rappel d'Allah le retient et son cœur se contracte. Oum Ad-Darda' compare cette expérience au craquement d'une branche de palmier en feu, que l'invocation d'Allah dissipe aussitôt.
Sur l'accroissement de la foi, Ibn Kathir établit un parallèle avec S.IX, V.124. La sourate Anfal s'inscrit dans la position doctrinale de Boukhari, Al-Chafi'i et Ahmed Ben Hanbal : la foi varie en intensité d'un cœur à l'autre et s'avère plus affermie chez certains que chez d'autres. Sa'id Ben Joubaïr résume cette réalité : la confiance totale en Allah constitue le symbole même de la foi. Qatada précise que les vrais croyants traduisent cette foi en actes englobant presque toutes les voies du bien, à commencer par la prière qui est le droit d'Allah.
La récompense de ces croyants est illustrée par le récit d'Al-Hareth Ben Malek Al-Ansari qui décrivit au Prophète ﷺ une foi vécue dans toutes ses dimensions : nuits en prière, jours en jeûne, vision intérieure du Trône et contemplation des gens du Paradis comme des gens du Feu. Le Prophète ﷺ lui dit par trois fois : «Tu as vraiment touché la réalité de la foi, garde-la» (rapporté par Al-Hafedh, Tabarani d'après Al-Hareth Ben Malek Al-Ansari). Leurs degrés élevés auprès d'Allah sont illustrés par un hadith où le Prophète ﷺ décrit ceux qui occupent les confins du ciel : ils seront vus par ceux qui se trouvent en dessous d'eux comme on voit une étoile filante disparaître à l'horizon (rapporté par Boukhari et Muslim d'après Abou Hourayra).
V.5-8
Le Prophète ﷺ fut contraint à quitter sa demeure par le commandement divin, et une partie des croyants manifesta son mécontentement, redoutant l'affrontement comme on redoute la mort. À Al-Rawha', il consulta ses compagnons. Abou Bakr puis Omar prirent successivement la parole, puis Al-Miqdad Ben Amr déclara que les croyants combattraient à ses côtés quelle que soit la destination choisie. Sa'd Ben Mou'adz prit enfin la parole au nom des Ansariens et leur engagea leur fidélité absolue. Dans la sourate Anfal, Ibn Kathir rapporte ses paroles : «Il se peut que Dieu te fasse voir demain ce qu'Il te rendra satisfait.»
Allah voulut que l'affrontement ait lieu avec la troupe armée plutôt qu'avec la caravane désarmée. Ibn Abbas rapporte qu'Al-Abbas Ben Abdul-Muttaleb, encore prisonnier polythéiste, rappela à ceux qui voulaient poursuivre la caravane que la promesse divine portait sur l'une des deux troupes. Allah voulut faire triompher la vérité dans tout son éclat, élever la parole de l'Islam et séparer définitivement le vrai du faux, comme Il le confirme en S.II, V.216.
V.9-10
Au moment le plus difficile de la bataille de Badr, le Prophète ﷺ se tourna vers la qibla en suppliant Allah d'exécuter Sa promesse. La réponse divine fut l'envoi de mille anges en rangs serrés. L'exégèse de la sourate Anfal établit clairement que ce renfort angélique constituait avant tout une bonne nouvelle et un affermissement des cœurs, car la victoire n'appartient qu'à Allah. Ibn Jarir rapporte que Gabriel descendit à la tête de mille anges à la droite du Prophète ﷺ et Mickaël à la tête de mille autres à sa gauche. Ibn Abbas apporte une précision : la répartition était de cinq cents anges de chaque côté, commandés respectivement par les deux archanges.
Un combattant musulman entendit dans la poursuite la voix d'un cavalier invisible crier «Avance, Haïzoum», et vit l'ennemi qu'il poursuivait s'effondrer mort avec la tête fendue. Le Prophète ﷺ lui confirma que ce soutien venait du troisième ciel. À la fin de la bataille, les muslums avaient tué soixante-dix polythéistes et en avaient capturé autant. Les combattants de Badr jouirent d'un mérite exceptionnel : Gabriel vint demander au Prophète ﷺ comment il les estimait, et celui-ci répondit qu'ils étaient les meilleurs parmi les musulmans.
V.11
Le sommeil et la pluie représentent deux faveurs divines accordées aux croyants avant la bataille. Dans la sourate Anfal, Abou Talha rapporte que son sabre tombait plusieurs fois de sa main tant le sommeil était profond, et qu'il voyait les combattants assoupis sous leurs boucliers. Ali rapporte que le Prophète ﷺ était le seul à veiller cette nuit-là, priant sous un arbre en pleurant jusqu'au matin. Abdullah Ben Mass'oud pose la distinction : le sommeil dans un combat est une sécurité venant d'Allah, tandis que celui de la prière provient du démon.
Un hadith authentifié rapporte que le Prophète ﷺ, s'éveillant sous la tonnelle, dit à Abou Bakr en souriant : «Réjouis-toi, voilà Gabriel qui s'avance en produisant de la poussière derrière lui», puis sortit en récitant S.LIV, V.45. La pluie servit à purifier les croyants de l'impureté mineure et majeure, à éloigner les suggestions de Satan et à durcir le sol sablonneux qui séparait les deux armées. Al-Habab Ben Moundzer avait conseillé au Prophète ﷺ d'avancer vers la source la plus basse, de combler les puits adverses et de construire un bassin pour les muslums, stratégie que le Prophète ﷺ adopta.
V.12-14
L'ordre divin fut donné aux anges de frapper les nuques et les membres des incrédules. Dans la sourate Anfal, Al-Rabi' Ben Anas précise que les combattants distinguaient le jour de Badr ceux qui avaient été abattus par les anges grâce aux traces de coups sur les cous et les jointures, qui ressemblaient à des brûlures. Ibn Abbas rapporte que Dieu inspira aux anges : «Je suis avec vous, affermissez ceux qui croient.» Abou Jahl fut la soixante-neuvième victime et 'Ouqba Ben Abi Mou'ait la soixante-dixième. Tous avaient fait le choix de l'opposition à Allah et à Son Envoyé ﷺ, et le supplice du feu les attend dans l'au-delà.
V.15-16
L'interdiction de la fuite face à l'ennemi est assortie de deux exceptions légitimes : le repli tactique et le ralliement à un autre groupe. La sourate Anfal rapporte, d'après l'imam Ahmed, qu'Abdullah Ben Omar faisait partie d'un régiment qui prit la fuite. Rentré à Médine avec ses compagnons, ils se présentèrent au Prophète ﷺ avant la prière de l'aurore. Celui-ci les accueillit en déclarant : «Vous n'êtes pas des fuyards, vous êtes les vaillants qui attaquent avec impétuosité», et récita le verset autorisant le repli vers un autre groupe (rapporté par Ahmed, Abou Daoud, Tirmidzi et Ibn Maja d'après Abdullah Ben Omar). La fuite en dehors de ces deux cas figure parmi les sept péchés destructeurs : polythéisme, magie, meurtre injustifié, usure, dilapidation des biens d'un orphelin, fuite au combat et diffamation des femmes croyantes vertueuses (rapporté par Boukhari n°2766 et Muslim d'après Abou Hourayra).
V.17-18
Ce passage établit qu'Allah est le véritable auteur des actes qui défaites les polythéistes, et que les croyants n'en sont que l'instrument. La sourate Anfal rapporte, d'après Ibn Abbas, que Gabriel ordonna au Prophète ﷺ de lancer une poignée de sable sur les rangs ennemis. Chaque polythéiste en reçut dans les yeux, les marines ou la bouche, et la débandade s'ensuivit. Dieu voulut par cette action éprouver les croyants au moyen d'une belle épreuve et démontrer que ni le petit nombre ni le grand ne peuvent assurer la victoire en dehors de Sa volonté, comme Il l'affirme en S.II, V.249. C'est ainsi qu'Il ruina définitivement la ruse et la puissance des incrédules.
V.19
Ce verset s'adresse aux polythéistes qui avaient eux-mêmes imploré la victoire. As-Souddy rapporte qu'en quittant La Mecque, les Qoraïchites s'accrochèrent aux voiles de la Ka'ba et demandèrent à Allah de donner la victoire aux meilleurs des deux partis et aux meilleures tribus. La réponse divine vint à travers la sourate Anfal : Allah exauça leur prière en accordant la victoire à Muhammad ﷺ. L'exhortation à cesser l'hostilité est claire : si les incrédules reprennent le combat, Allah renouvellera contre eux une défaite semblable, car aucune troupe, aussi nombreuse soit-elle, ne peut vaincre ceux qu'Allah soutient.
V.20-23
L'obéissance à Allah et à Son Envoyé ﷺ est présentée comme une condition vitale. Ibn Jarir identifie ceux qui disent écouter sans entendre comme des idolâtres, tandis qu'Ibn Ishaq y voit les hypocrites. La sourate Anfal place les pires des créatures parmi les sourds et muets privés d'entendement : Allah les a créés pour L'adorer, mais ils s'y sont dérobés et sont devenus semblables aux bestiaux ou plus égarés encore. Si Allah avait reconnu quelque bien en eux, Il leur aurait ouvert les oreilles de la compréhension ; mais même s'Il le faisait, ils se détourneraient dans leur obstination.
V.24
Ce verset convie les croyants à répondre à l'appel d'Allah et de Son Envoyé ﷺ quand ils les appellent à ce qui les fait vivre. La sourate Anfal rapporte le récit d'Abou Sa'id Al-Mou'alla qui priait dans la mosquée lorsque le Prophète ﷺ l'appela sans qu'il réponde. La prière terminée, il se présenta devant lui, et le Prophète ﷺ lui récita ce verset puis lui promit de lui enseigner la plus grandiose sourate du Coran. Il lui récita Al-Fatiha, la décrivant comme «la sourate qu'on répète toujours dans la prière» (rapporté par Boukhari d'après Abou Sa'id Al-Mou'alla). As-Souddy précise que l'expression «ce qui vous fait vivre» désigne l'Islam, qui fait revivre les cœurs que l'incrédulité avait comme éteints.
Un hadith rapporté par l'imam Ahmed d'après Anas Ben Malek illustre l'enjeu de ce verset : le Prophète ﷺ invoquait fréquemment Allah en disant : «Ô Toi qui tournes les cœurs, affermis mon cœur sur Ta religion», confirmant à ses compagnons que tous les cœurs sont entre deux doigts d'Allah. Oum Salama rapporte une invocation similaire du Prophète ﷺ : «Mon Dieu, Toi qui fais tourner les cœurs, affermis le mien sur Ta religion» (rapporté par l'imam Ahmed d'après Oum Salama).
V.25
La mise en garde contre l'épreuve collective occupe une place centrale dans la sourate Anfal. Moutraf rapporte qu'Az-Zoubayr lui dit avoir souvent récité ce verset avant les troubles, sans imaginer qu'il en serait lui-même un acteur. As-Souddy précise que les concernés directs de ce verset étaient les combattants de Badr qui s'affrontèrent le jour du Jamal. Ibn Abbas en donne une portée générale : Allah ordonne aux croyants de réprouver tout ce qui est blâmable, sinon le châtiment divin les atteint tous. L'imam Ahmed rapporte, d'après Ouday Ben Oumayra, la parole du Prophète ﷺ : «Allah ne châtie tous les hommes à cause des actes de quelques-uns que lorsqu'ils voient des choses blâmables se produire devant eux sans les réprouver alors qu'ils en sont capables» (rapporté par Ahmed d'après Ouday Ben Oumayra). Un autre hadith rapporté par Tirmidzi et Ahmed, d'après Houdzaifa Ben Al-Yamane, met en garde contre l'abandon de l'ordre du bien et de l'interdiction du blâmable sous peine d'un châtiment auquel aucune invocation ne répondrait.
V.26
Allah rappelle aux croyants la transformation qu'Il a opérée sur eux. Ils étaient peu nombreux, faibles, craignant d'être enlevés de partout sur la terre. Qatada rapporte que cette tribu était la plus humiliée parmi les Arabes avant l'Islam : celui qui vivait passait sa vie dans la misère, et celui qui mourait allait vers le Feu. La sourate Anfal met en lumière la faveur divine : Allah les protégea, les fortifia par Son secours et les pourvut de Ses bienfaits. Tel fut le chemin des premiers croyants de La Mecque jusqu'à leur émigration à Médine où les Ansariens les accueillirent en leur prodiguant biens et affection.
V.27-28
La révélation de ce verset est liée à l'histoire d'Abou Loubaba Ben Abdul Mundzer qui trahit involontairement la confiance du Prophète ﷺ lors des négociations avec Bani Qouraïdha. Pris de remords, il se lia lui-même à une colonne de la mosquée, refusant de se nourrir pendant neuf jours jusqu'à tomber évanoui. La sourate Anfal rapporte que seul le Prophète ﷺ le délia de ses liens lorsqu'Allah accepta son repentir. L'histoire de Hateb Ben Balta'a est également citée en illustration : il avait alerté les Qoraïchites des préparatifs du Prophète ﷺ pour la conquête de La Mecque, mais fut épargné grâce à sa participation à Badr. Ibn Abbas précise que la portée du verset est générale, la trahison couvrant tous les péchés véniel ou capital. Biens et enfants constituent une épreuve pour savoir si le croyant s'en sert pour obéir à Allah ou si, au contraire, ils le détournent de Lui.
V.29
Ce verset promet aux croyants craignant Allah une capacité de discernement entre le vrai et le faux. Pour la sourate Anfal, Ibn Kathir précise que ce discernement s'acquiert par la soumission aux ordres divins et l'abandon de tout ce qu'Il a interdit. Allah absout les péchés dans l'au-delà et les dissimule dans la vie présente. Cette promesse est parallèle à S.LVII, V.28 qui promet deux parts de miséricorde, une lumière et le pardon à ceux qui craignent Allah et se soumettent à Son Prophète ﷺ.
V.30
Les notables qoraïchites se réunirent à Dar-An-Nadwa pour trouver une solution au «problème» du Prophète ﷺ. Le démon, sous les traits d'un vieillard de Najd, assista à la réunion et écarta successivement les propositions d'emprisonnement et d'exil. La proposition d'Abou Jahl fut retenue : chaque tribu enverrait un jeune homme pour frapper simultanément le Prophète ﷺ. La sourate Anfal rapporte, d'après Ibn Abbas, que Gabriel avertit le Prophète ﷺ de ce complot la même nuit et lui ordonna de ne pas dormir à son endroit habituel. Ali Ben Abi Taleb prit sa place dans le lit. Le Prophète ﷺ traversa les rangs des guetteurs en leur jetant une poignée de sable, récitant S.XXXVI, V.1-9, et gagna la grotte en compagnie d'Abou Bakr avant d'émigrer à Médine.
V.31-33
Face à la récitation des versets coraniques, les polythéistes déclaraient dans leur arrogance pouvoir en produire d'équivalents et les qualifiaient de légendes des Anciens. An-Nadar Ben Al-Hareth fut l'auteur de cette prétention : revenu de Perse avec des récits de leurs rois, il prenait la place du Prophète ﷺ après chaque assemblée pour raconter ces histoires. La sourate Anfal rapporte qu'il fut capturé à Badr et exécuté sur ordre du Prophète ﷺ. Allah précise dans ce passage qu'Il ne châtia pas les Qoraïchites tant que le Prophète ﷺ vivait parmi eux, et que leur demande du pardon les protégeait aussi. Abou Jahl, dans son obstination aveugle, alla jusqu'à demander une pluie de pierres, alors qu'il aurait dû demander d'être guidé vers la vérité.
V.34-35
Ces polythéistes méritaient le châtiment pour avoir écarté les croyants de la Maison Sacrée dont ils n'étaient pas les gardiens légitimes. Les vrais gardiens de la Mosquée Sacrée sont ceux qui craignent Allah, comme Il l'affirme en S.IX, V.17-18. La sourate Anfal rapporte, d'après Al-Hafedh Ben Mardaweih, que lorsqu'on demanda au Prophète ﷺ qui étaient ses amis, il répondit : «Ceux qui craignent Allah» et récita le verset. Les polythéistes, quant à eux, sifflaient et battaient des mains au sein du Temple, tournant nus autour de la Ka'ba selon Ibn Abbas, ou cherchant à distraire le Prophète ﷺ dans sa prière selon Ibn Omar.
V.36-37
Les incrédules dépensent leurs richesses pour détourner les hommes de la voie d'Allah, mais ces dépenses se transformeront en regret et ils perdront finalement la partie. Dans la sourate Anfal, Ibn Kathir rapporte que ce verset fut révélé lorsqu'Abou Soufian, Ikrima Ben Abou Jahl et Safwan Ben Oumaya collectèrent les biens de la caravane pour financer la revanche après Badr. Ad-Dahak précise que la portée du verset est universelle : quiconque dépense ses richesses pour étouffer la vérité les gaspille et s'en repentira. Allah distinguera les mauvais des bons dans la vie future ou présente, entassera les mauvais les uns sur les autres et les précipite dans la Géhenne.
V.38-40
Allah invite Son Prophète ﷺ à annoncer aux incrédules que leur conversion efface tout leur passé. Deux hadiths du Prophète ﷺ sont cités dans la sourate Anfal : «Quiconque devient un bon musulman ne sera plus interrogé sur ce qu'il a fait dans le temps de l'ignorance» et «L'Islam abroge toutes les religions précédentes, et le repentir efface tous les péchés commis». Le combat doit se poursuivre jusqu'à ce que la fitna disparaisse et que la religion soit entièrement à Allah. Si les ennemis désarment, Allah observe tout et les croyants cessent toute hostilité. Ibn Omar rappelle, d'après Boukhari, que cet ordre s'appliqua pleinement du temps du Prophète ﷺ et que la tentation cessa lorsque l'Islam se fortifia.
V.41
La règle du cinquième est l'une des faveurs spécifiques accordées à la communauté de Muhammad ﷺ. Dans la sourate Anfal, Ibn Kathir rappelle que le butin était interdit aux nations précédentes et que sa licéité pour cette communauté est attestée par le hadith de Jabir Ben Abdillah : cinq faveurs furent accordées au Prophète ﷺ qu'aucun autre n'avait reçues, dont la licéité du butin (rapporté par Boukhari n°335 et Muslim d'après Jabir Ben Abdillah). Le cinquième revient à Allah, à Son Envoyé ﷺ, à ses proches, aux orphelins, aux pauvres et aux voyageurs. Ibn Abbas précise que la part de Dieu et de Son Envoyé ﷺ formait un seul cinquième de l'ensemble. Le «Jour du Discernement» est le jour de Badr, un vendredi le 17 Ramadan, premier combat auquel le Prophète ﷺ participa en personne à la tête de trois cent et quelques combattants.
V.42
La disposition géographique des deux armées à Badr est décrite avec précision : les muslums sur le versant proche de Médine, les polythéistes sur le versant éloigné vers La Mecque, la caravane en contrebas du côté du littoral. La sourate Anfal souligne que si les deux camps s'étaient fixé un rendez-vous de leur propre initiative, ils n'auraient pu s'entendre sur les conditions du combat. Mais Allah réunit les deux partis sans rendez-vous préalable afin d'exécuter un décret déjà arrêté, de distinguer le vrai du faux et de ne laisser aucun argument à quiconque après les événements.
V.43-44
Allah fit voir au Prophète ﷺ en songe les ennemis peu nombreux, information qu'il transmit aux croyants pour les encourager. S'il les avait montrés plus nombreux, la discorde se serait installée dans leurs rangs. Ibn Mass'oud rapporte que les polythéistes lui apparurent si peu nombreux le jour de Badr qu'il dit à son voisin : «Crois-tu que leur nombre dépasse les 70 ?» La sourate Anfal explique cette double réduction visuelle : chaque camp vit l'autre peu nombreux, afin que chacun engage le combat avec confiance, avant qu'Allah ne renforce les croyants par les anges et retourne la situation contre les polythéistes.
V.45-46
Ces deux versets exposent les règles divines du combat. La sourate Anfal y ordonne la fermeté, l'invocation abondante d'Allah, l'obéissance, l'unité et la patience. Le Prophète ﷺ encourageait ses compagnons à ces vertus comme il le fit le jour de Badr lorsqu'il leur dit : «Hommes, ne souhaitez pas la rencontre de l'ennemi, demandez plutôt à Allah le salut. Mais lorsque vous rencontrez l'ennemi, soyez patients et sachez que le Paradis est à l'ombre de l'épée», puis invoqua Allah : «Mon Dieu, Toi qui as révélé le Livre, qui fais circuler les nuages, qui mets les factions en déroute, combats-les et donne-nous la victoire sur eux» (rapporté par Boukhari et Muslim d'après Abdullah Ben Abi Awfa). La discorde dans les rangs amènerait l'effondrement de la force collective et la disparition du courage.
V.47-49
L'ordre est donné de ne pas ressembler aux polythéistes qui quittèrent La Mecque avec arrogance et ostentation. Abou Jahl avait déclaré qu'ils séjourneraient trois jours à Badr pour y boire, manger et s'exhiber devant les Arabes. Le démon embellit leurs actes à leurs yeux et leur promit sa protection. Dans la sourate Anfal, Ibn Abbas rapporte qu'Iblis se présenta sous la forme de Souraqa Ben Malek, mais à la vue de Gabriel arrivant avec les anges, il se dégagea et prit la fuite. Les hypocrites, eux, déclarèrent à la vue du petit nombre des croyants : «Leur religion les a aveuglés.» Mais ceux qui se confient à Allah savent qu'Il est puissant et sage.
V.50-52
La mort des incrédules sous les coups des anges est décrite dans la sourate Anfal. Ibn Abbas rapporte que les anges frappaient les visages des polythéistes lorsqu'ils faisaient face aux croyants, et leurs dos lorsqu'ils fuyaient. Al-Bara' rapporte le hadith du Prophète ﷺ sur la mort de l'impie : l'ange de la mort lui apparaît sous sa forme la plus effrayante et lui ordonne de sortir «à un souffle brûlant, à une eau bouillante et à une ombre de fumée chaude». Son âme est arrachée du corps comme une tige en fer sortant d'une masse de laine mouillée. Allah affirme qu'Il n'opprime jamais Ses serviteurs, comme Il le dit dans le hadith divin : «Ô Mes serviteurs, Je Me suis interdit l'injustice et Je vous l'interdis» (rapporté par Muslim, Nassaï et Ibn Maja d'après Abou Dharr Al-Ghifari).
V.53-54
La loi divine immuable est que les grâces accordées à un peuple ne lui sont retirées que lorsqu'il a lui-même changé ce qu'il avait en lui. La sourate Anfal place les Qoraïchites dans la continuité des peuples anciens qui ont subi ce mécanisme. Le peuple de Pharaon fut englouti dans les eaux après avoir bénéficié de jardins et de délices. Ils n'ont pas lésé Allah, ils se sont fait tort à eux-mêmes. Cette même loi explique pourquoi Allah ne retarda pas le châtiment des polythéistes de La Mecque une fois le Prophète ﷺ parti.
V.55-57
Les pires créatures aux yeux d'Allah sont les incrédules qui trahissent systématiquement tout pacte conclu. Dans la sourate Anfal, Ibn Kathir rappelle qu'ils confirment leurs engagements par serment puis les violent aussitôt, sans aucune crainte d'Allah. L'ordre est donné : si le Prophète ﷺ les capture au combat, leur châtiment doit servir d'exemple à ceux qui se trouvent derrière eux, pour que les autres réfléchissent avant d'oser une nouvelle rébellion.
V.58
Face à ceux qui préparent une trahison, la règle dans la sourate Anfal est claire : le Prophète ﷺ doit leur signifier ouvertement la rupture du pacte pour que chacun soit sur un pied d'égalité. Salem Ben Amer rapporte que Mou'awiah, sur le territoire des Byzantins dont le traité allait expirer, voulut les attaquer par surprise. Un vieillard l'interpella en citant le hadith du Prophète ﷺ : «Celui qu'un pacte lie à des gens ne doit ni le dénouer ni le presser avant son terme, ou le rejeter pour rendre la pareille» (rapporté par Ahmed, Abou Daoud, Tirmidzi, Nassaï et Ibn Hibban d'après 'Amr Ben 'Anboussa). Mou'awiah rebroussa chemin.
V.59-60
Les incrédules ne pourront jamais mettre Allah en échec, et les croyants reçoivent l'ordre de se préparer au combat selon toutes leurs capacités. La sourate Anfal cite le hadith d'Oqba Ben Amer qui entendit le Prophète ﷺ déclarer depuis sa chaire : «La force est dans le tir ! La force est dans le tir !», répété trois fois. L'imam Ahmed rapporte : «Tirez et montez. Bien tirer vaut mieux que de monter». Le hadith d'Abou Hourayra sur les trois catégories de chevaux est détaillé : le cheval dédié au jihad accumule des récompenses à chaque pas, chaque brin d'herbe et chaque gorgée d'eau (rapporté par Boukhari, Muslim et Malek d'après Abou Hourayra). Toute dépense consentie pour Allah sera intégralement rétribuée.
V.61-63
Si les ennemis proposent la paix, le Prophète ﷺ doit l'accepter en se confiant à Allah. La sourate Anfal rappelle l'exemple de la trêve d'Al-Houdaybya où les polythéistes demandèrent une cessation des hostilités. Allah rassure Son Prophète ﷺ : même si leur proposition cache une ruse pour gagner du temps, Allah suffit. L'union des cœurs qu'Allah a réalisée entre les Aws et les Khazraj, anciens ennemis de Médine, aurait été impossible à obtenir par la dépense de toutes les richesses du monde. Ibn Abbas précise que le lien du sang peut se rompre et les bienfaits être méconnus, mais lorsqu'Allah unit les cœurs, aucune force ne peut les désunir. Le Prophète ﷺ rappela aux Ansariens lors de la distribution du butin de Hounaïn : «Ne vous ai-je pas trouvés égarés et Allah ne vous a-t-Il pas guidés grâce à moi ?» (rapporté par Boukhari et Muslim d'après Anas Ben Malek).
V.64-66
Allah et les croyants suffisent au Prophète ﷺ. Dans la sourate Anfal, Ibn Kathir rapporte qu'avant l'engagement à Badr, le Prophète ﷺ encouragea ses compagnons en leur promettant un Paradis large comme les cieux et la terre. Oumayr Ben Al-Hamam s'exclama : «Comme c'est merveilleux !» et, après avoir reçu la confirmation du Prophète ﷺ qu'il en serait, brisa le fourreau de son sabre, jeta ses dattes en disant qu'il vivrait bien longtemps pour en finir avec elles, et se lança dans la mêlée jusqu'à tomber en martyr. Le verset annonce que vingt croyants fermes vainquent deux cents incrédules, parce que ces derniers sont un peuple dépourvu de compréhension profonde. Cette règle fut ensuite assouplie : mille croyants fermes contre deux mille incrédules, en raison de la faiblesse humaine reconnue par Allah.
V.67-69
Ce passage est révélé à propos des prisonniers de Badr. La sourate Anfal rapporte la consultation du Prophète ﷺ avec ses compagnons : Abou Bakr plaida pour la rançon, Omar pour l'exécution, Abdullah Ben Rawaha pour le feu. Le Prophète ﷺ choisit la rançon, et Allah révéla ce verset de blâme, immédiatement suivi de la permission du verset 69. Ibn Mass'oud rapporte que cette nuit-là il redoutait que des pierres tombent du ciel sur sa tête à cause de ses propos. La rançon de chaque prisonnier fut fixée à 400 dirhams selon Ibn Abbas (rapporté par Abou Daoud d'après Ibn Abbas). Le hadith des cinq faveurs est rappelé : le Prophète ﷺ a dit qu'il lui fut octroyé cinq choses qu'aucun Prophète n'avait reçues avant lui, dont la licéité du butin de guerre (rapporté par Boukhari n°335 et Muslim d'après Jabir Ben Abdillah).
V.70-71
Le Prophète ﷺ reçut l'ordre d'annoncer aux prisonniers qu'Allah leur accorderait davantage que ce qui leur avait été pris si leur cœur portait quelque bien. Dans la sourate Anfal, Al-Abbas déclara plus tard que les vingt onces d'or confisquées sur lui lui furent rendues au centuple sous la forme de vingt esclaves pratiquant le commerce pour son compte. Il ajoutait : «J'espère qu'Il m'a aussi pardonné», et affirmait qu'il n'échangerait pas ce verset contre les richesses du monde. Qatada rapporte qu'Al-Abbas prit les deux mains pleines d'une somme de 80.000 dinars que le Prophète ﷺ distribuait, en disant : «Ceci est meilleur que ce qu'on m'a enlevé.» Pour les captifs qui méditeraient de trahir, Allah rappelle qu'ils ont déjà trahi avant Badr en reniant la foi.
V.72-75
Ces versets établissent les liens de solidarité entre Mouhagériens, Ansariens et croyants ultérieurs. Les deux premières catégories forment un seul bloc solidaire en raison de leurs sacrifices communs. La sourate Anfal cite le hadith d'Ibn Abbas : «Les Mouhagériens et les Ansariens sont amis les uns des autres, ainsi que les hommes libres de Qoraïch et les affranchis de Thaqif, jusqu'au jour de la résurrection» (rapporté par Ahmed et Al-Hafedh Ben You'la d'après Ibn Abbas). Les croyants qui n'ont pas émigré n'ont aucune part au butin tant qu'ils n'ont pas combattu, mais reçoivent le secours de leurs frères si leur religion est menacée, sauf si cela implique de violer un pacte. Le lien du sang prime sur tous les autres dans les questions d'héritage, abrogeant la coutume héritée de l'alliance ou de la fraternité établie au début de l'islam.