Cent vingt-neuf versets composent la sourate At-Tawba, également appelée Baraa. Sa révélation est médinoise, à l'exception de ses deux derniers versets, d'origine mecquoise. Elle succède dans l'ordre de révélation à la sourate Al-Mâida. D'après Ibn Abbas, elle compte parmi les toutes dernières révélations adressées à l'Envoyé d'Allah ﷺ.
La particularité formelle de la sourat Tawba réside dans l'absence de la basmalah en son ouverture, une caractéristique unique dans le Coran. Les compagnons qui transcrivirent le Livre ne l'y ajoutèrent pas, suivant en cela l'exemple du prince des croyants Othman Ben Affan. Les exégètes avancent plusieurs explications : certains voient dans cette omission le signe du désaveu divin envers les polythéistes ; d'autres soulignent simplement que le Prophète ﷺ n'avait pas ordonné de la faire précéder par cette formule.
Les premières révélations de la sourat Tawba descendirent lors du retour de l'expédition de Tabouk. Le Prophète ﷺ avait alors confié à Abou Bakr la direction du pèlerinage de cette année. Ali Ben Abi Taleb fut dépêché à sa suite pour porter et réciter cette sourate aux hommes rassemblés, et leur annoncer les décisions divines qu'elle contient.
V.1-2
La rupture proclamée dans la sourat Tawba s'ouvre sur une déclaration solennelle : Allah et Son Prophète ﷺ se désavouent des pactes conclus avec les polythéistes. Ibn Kathir explique que ce désaveu est une répudiation formelle, qui s'accompagne d'un délai de clémence : quatre mois de liberté de circulation accordés aux idolâtres pour réfléchir à leur sort. À l'expiration de ce délai, nul d'entre eux ne pourra résister à la puissance d'Allah, qui soumettra les incrédules.
Une divergence s'exprime chez les exégètes sur l'application concrète de ce verset. Moujahed précise que le texte concerne des tribus comme Khouza'a, Medlej et d'autres jouissant d'un pacte avec les musulmans. À son retour de Tabouk, le Prophète ﷺ envoya Abou Bakr puis Ali Ben Abi Taleb annoncer dans les rassemblements et les marchés que les détenteurs d'un pacte bénéficieraient d'un délai de quatre mois, courant du vingtième jour de Zoul-Hijja au dixième jour de Rabi' deuxième. Passé ce terme, tout idolâtre n'ayant pas embrassé l'Islam serait combattu.
V.3
Ce verset de la sourat Tawba constitue une proclamation publique diffusée le jour du grand sacrifice lors du pèlerinage. L'exégèse précise que deux messages essentiels étaient portés par les crieurs : d'une part le désaveu d'Allah et de Son Prophète ﷺ à l'égard de tout pacte avec les idolâtres, d'autre part une invitation pressante à se repentir. La définition du "grand pèlerinage" a suscité un débat : 'Ata l'identifie au jour de la station à Arafa, tandis qu'Ali Ben Abi Taleb et Ibn Jarir l'associent au jour du sacrifice lui-même.
Abou Houraira rapporte qu'il faisait partie des crieurs envoyés par Abou Bakr à Mina. Il annonça à voix haute quatre points : seul un croyant entrerait au Paradis, aucun homme en nudité ne ferait la circumambulation, les détenteurs d'un pacte en bénéficieraient jusqu'à son terme, et plus aucun idolâtre ne ferait le pèlerinage après cette année. Sa voix s'éraillait tant il criait fort. Ali Ben Abi Taleb confirme ce récit en rapportant qu'il était chargé des mêmes annonces dans les lieux de rassemblement.
V.4
Au sein de la sourat Tawba, ce verset introduit une exception notable à la rupture générale des pactes. Les idolâtres qui avaient scrupuleusement honoré leurs engagements et n'avaient aidé aucun ennemi des musulmans bénéficient d'une protection : leur pacte sera respecté jusqu'à son terme. Ibn Kathir souligne que cette nuance révèle l'importance accordée par la loi islamique au respect des engagements contractuels, quelle que soit la partie adverse. La formule conclusive "Allah aime les gens de bonne foi" désigne ceux qui craignent Allah et tiennent leurs promesses.
V.5
Ce verset de la sourat Tawba, que certains ont appelé "le verset de l'épée", ordonne le combat contre les idolâtres à l'expiration des mois sacrés. Ibn Jarir défend que ces mois sont ceux de S.9, V.36, tandis qu'Ibn Abbas y voit les quatre mois accordés au début de la sourat Tawba. L'ordre de combat s'étend à tout territoire sans distinction, hormis la Maison Sacrée selon S.2, V.191.
L'exégète rapporte le hadith fondateur des deux Sahihs : "J'ai été ordonné de combattre les gens jusqu'à ce qu'ils témoignent qu'il n'y a d'autre divinité qu'Allah et que Mouhammad est l'Envoyé d'Allah, de s'acquitter de la prière, de verser la zakat." (rapporté par Boukhari n°25 et Muslim n°22 d'après Ibn Omar). Ce principe justifie l'action d'Abou Bakr, qui combattit ceux refusant de payer la zakat après la mort du Prophète ﷺ, en se fondant sur ce verset pour établir que la conversion sincère exige les pratiques cultuelles.
V.6
Le commentaire de la sourat Tawba ne saurait faire l'impasse sur ce verset de miséricorde. Un ordre divin est adressé au Prophète ﷺ : accorder sa protection à tout idolâtre qui vient la demander pour entendre la parole d'Allah, c'est-à-dire le Coran, et le reconduire ensuite sain et sauf jusqu'à son pays. Cette mesure, explique l'exégète, est motivée par l'ignorance de ces gens : ils ne connaissent pas encore la religion divine et cette protection leur donne l'occasion d'en recevoir le message. Le Prophète ﷺ accordait cette protection à tout venant sincèrement, y compris lors du pacte de Houdaybya. Les juristes en ont tiré la règle qu'un idolâtre ne peut séjourner en pays musulman, en tant qu'idolâtre, au-delà de quatre mois selon certains, d'un an selon d'autres.
V.7-8
À travers la sourat Tawba, Allah explique les raisons du désaveu des polythéistes : comment leur accorder un pacte alors qu'ils renient Allah et Son Prophète ﷺ ? Exception est faite pour ceux de l'oratoire sacré, liés par le pacte de Houdaybya conclu au mois de Zoul-Qi'da en l'an 6 de l'Hégire. Envers ceux-là, les musulmans devaient demeurer loyaux tant que ces partenaires l'étaient eux-mêmes. Mais l'histoire révèle que les idolâtres trahirent cet engagement en aidant leurs alliés Bani Bakr contre les Banou Khouza'a, alliés du Prophète ﷺ, les tuant à l'intérieur même de l'enceinte sacrée. Cette trahison entraîna la conquête de La Mecque au mois de Ramadan en l'an 8, au cours de laquelle le Prophète ﷺ libéra les habitants qui se convertirent.
V.9-11
Ces trois versets de la sourat Tawba condamnent les idolâtres qui bradent les enseignements d'Allah pour un profit misérable et écartent les hommes du chemin droit. Ibn Kathir insiste sur leur perversité fondamentale : s'ils avaient eu le dessus sur les musulmans, ils n'auraient respecté ni alliance ni engagement. Pourtant, la porte du retour reste grande ouverte : si ces mêmes hommes se soumettent, prient et paient la zakat, "ce sont vos frères en religion" (S.9, V.11). L'exégèse tire de ce passage la preuve que les actes cultuels constituent l'expression tangible de la fraternité religieuse.
V.12
Ce verset de la sourat Tawba traite de la violation des serments par les polythéistes et de leur attaque de l'Islam. Ibn Kathir relève qu'une sentence juridique importante a été déduite de ce passage : quiconque insulte l'Envoyé d'Allah ﷺ ou attaque l'Islam en le dénigrant mérite d'être combattu. "Combattez les suppôts de l'impiété" désigne selon Qatada des personnages comme Abou Jahl, Chaïba et Oumaya Ben Khalaf ; l'exégète estime cependant que la portée du verset englobe tous les polythéistes de Qoraïch.
V.13-15
Ces versets de la sourat Tawba rappellent aux hésitants les crimes commis par les idolâtres : violation des serments, tentative de bannissement du Prophète ﷺ, hostilité initiale à Badr ou lors du soutien apporté aux Bani Bakr contre les alliés du Prophète ﷺ. La question divine est rhétorique : "Le craignez-vous ? C'est Allah qu'il faut craindre si vous êtes croyants." L'ordre de combat est accompagné de plusieurs promesses : le châtiment des idolâtres par les mains des croyants, leur humiliation, la victoire et l'apaisement des cœurs croyants. Puis vient la dissipation des rancœurs, et le repentir de qui Allah veut, car Il est omniscient et sage.
V.16
Le verset de la sourat Tawba rappelle que l'épreuve est inévitable. Allah veut connaître ceux qui combattent réellement dans Sa voie, ceux qui sont sincères et ceux qui n'ont noué d'autres alliances qu'avec Lui, Son Prophète ﷺ et les croyants. S.29, V.2 confirme ce principe : "Les hommes croient-ils qu'en se disant croyants, Allah leur évitera toute épreuve ?" et S.3, V.179 le complète : "Allah ne saurait laisser les fidèles dans l'état où ils sont." L'imposition du combat est précisément cet outil de discernement entre le sincère et le menteur.
V.17-18
La fréquentation des mosquées d'Allah est au cœur de ce passage de la sourat Tawba. L'incompatibilité est totale entre l'état d'idolâtre et le rôle de gardien des lieux de culte divins : des gens qui témoignent eux-mêmes de leur incrédulité par leurs actes et leurs paroles verront leurs œuvres réduites à néant et leur demeure sera le Feu éternel. Seuls les croyants sincères, assidus à la prière et à la zakat, craignant Allah seul, méritent d'entretenir Ses mosquées. Le Prophète ﷺ a dit à ce propos : "Lorsque vous voyez quelqu'un fréquenter souvent les mosquées, soyez témoins de sa foi." Et Anas rapporte qu'Allah dit : "Lorsque Je regarde ceux qui peuplent les mosquées, ceux qui s'aiment à cause de Moi et ceux qui implorent Mon pardon à l'aube, Je passe outre le châtiment des habitants de la terre." (Ibn Assaker d'après Anas).
V.19-22
La révélation de ces versets de la sourat Tawba répondait à une dispute entre compagnons sur la hiérarchie des bonnes œuvres. Al-Abbas voulait mettre en avant l'abreuvement des pèlerins et le peuplement de la mosquée sacrée pour surpasser en mérite les émigrés et les combattants. Al-Nou'man Ben Bachir rapporte qu'Omar Ben Al-Khattab lui-même rapporta la discussion au Prophète ﷺ, et Allah fit descendre ce verset. La réponse est tranchée : la foi, l'émigration et le combat dans la voie d'Allah sont d'un rang supérieur. Les croyants qui y ont consacré leurs personnes et leurs biens recevront les faveurs d'Allah, de belles demeures dans les jardins d'Eden et la félicité éternelle.
V.23-24
L'exégèse de la sourat Tawba précise ici que l'amour des proches infidèles ne peut prévaloir sur la loyauté à Allah et à Son Prophète ﷺ. S.58, V.22 confirme que les vrais croyants ne sympathisent pas avec les ennemis d'Allah. Ibn Kathir rapporte le hadith d'Omar Ben Al-Khattab qui dit au Prophète ﷺ : "Tu m'es plus cher que toute chose, mais je ne te préfère pas à moi-même." Le Prophète ﷺ lui répondit : "Nul d'entre vous n'est un vrai croyant tant qu'il ne m'aime plus que lui-même." Omar dit : "Tu m'es désormais plus cher que moi-même." Le Prophète ﷺ répondit : "C'est maintenant ô Omar." (rapporté par Abdul-Razzaq, Muslim et Abou Daoud d'après Ibn Omar). La menace adressée dans cette partie de la sourat Tawba vise ceux pour qui les biens, les familles et les commerces comptent plus que l'amour d'Allah.
V.25-27
La bataille de Hounaïn, au cœur de ce passage de la sourat Tawba, eut lieu au mois de Chawal en l'an 8 de l'Hégire, peu après la conquête de La Mecque. Forte de douze mille hommes, l'armée musulmane fut surprise par les archers hawazenites qui les attendaient en embuscade dans une vallée. Les fidèles fuirent en désordre, mais le Prophète ﷺ, sur sa mule blanche "Achahba", tint ferme avec une poignée de compagnons. Il prit une poignée de sable, la jeta vers les assaillants en invoquant Allah, et chaque idolâtre fut atteint aux yeux ou à la bouche. Des troupes invisibles, des anges, furent envoyées à leur secours et les Hawazenites prirent la fuite. Ce récit est rapporté dans les deux Sahihs par Al-Bara Ben 'Azeb. Vingt jours après la bataille, des survivants hawazenites se convertirent à Jou'rana ; le Prophète ﷺ leur rendit leurs captifs, soit environ six mille personnes, et répartit le butin.
V.28-29
Deux règles majeures structurent ce passage de la sourat Tawba : l'interdiction de l'accès à la mosquée sacrée pour les idolâtres, applicable à partir de l'an 9 de l'Hégire, et l'ordre de combattre les gens du Livre jusqu'au paiement de la capitation. Sur le premier point, l'exégète précise que l'impureté des idolâtres est religieuse et non corporelle, comme en témoigne la permission de consommer la nourriture des gens du Livre. Sur le second, Ibn Kathir rapporte intégralement le texte du pacte conclu par Omar Ben Al-Khattab avec les chrétiens du Châm, qui liste les engagements auxquels ils s'étaient soumis en échange de la protection islamique, depuis l'interdiction de construire de nouvelles églises jusqu'à l'obligation de laisser les portes ouvertes aux voyageurs musulmans.
V.30-31
Les affirmations des juifs et des chrétiens au sujet de leurs figures sacrées sont dénoncées dans la sourat Tawba comme une répétition des propos des incrédules d'autrefois. L'exégète rapporte le récit de 'Adiy Ben Hatem, chef de la tribu Taiy', qui vint trouver le Prophète ﷺ portant une croix en argent au cou. En entendant réciter ce verset sur l'adoration des docteurs et des moines, il s'écria qu'ils n'avaient pas été adorés. Le Prophète ﷺ lui expliqua : "Ils leur ont rendu l'illicite licite et vice versa. Voilà comment ils les ont adorés." Après un dialogue développé, 'Adiy se convertit et le Prophète ﷺ lui dit : "Les juifs sont ceux qui ont encouru la colère d'Allah et les chrétiens sont les égarés."
V.32-33
La promesse divine de parfaire Sa lumière malgré l'opposition des incrédules est centrale dans la sourat Tawba. L'envoi du Prophète ﷺ avec la guidance et la religion vraie pour la faire triompher sur toutes les autres est une promesse immuable. Tamim Ad-Darimi a entendu le Prophète ﷺ dire : "Ce Message se répandra aux quatre coins du monde. Allah ne laissera ni une maison ni une tente sans qu'il n'y fasse entrer cette religion, pour fortifier tout croyant et humilier tout infidèle." (rapporté par Muslim d'après Tamim Ad-Darimi). Tamim ajoute qu'il a vu de son vivant s'accomplir cette prophétie lorsque lui-même et d'autres embrassèrent l'Islam et jouirent du bien et de l'honneur.
V.34-35
Ces deux versets de la sourat Tawba visent deux catégories de "patrons" qui corrompent la société : d'une part les docteurs et les moines qui dépouillent les autres de leurs richesses et les détournent de la voie d'Allah, d'autre part les capitalistes qui thésaurisent l'or et l'argent sans les consacrer à la cause divine. As-Souddy précise que les "docteurs" sont les savants juifs et les "moines" les chrétiens. La sanction pour les thésauriseurs est décrite avec précision : au jour de la résurrection, ces métaux portés à incandescence dans la Géhenne seront appliqués sur leurs fronts, côtes et reins. Ibn Omar enseigne que tout bien acquitté de la zakat n'est pas considéré comme une thésaurisation. Muslim rapporte le hadith du Prophète ﷺ : "Il n'y a pas un homme qui thésaurise de l'or ou de l'argent que ces deux métaux ne soient transformés au jour de la résurrection en plaques en feu pour être appliquées sur son flanc, son front et son dos, dans un jour dont la durée est de cinquante mille ans." (rapporté par Muslim d'après Abou Houraira).
V.36
Ce verset de la sourat Tawba pose le cadre temporel de la loi islamique en rappelant que la division de l'année en douze mois remonte à la création même des cieux et de la terre. Abou Bakra rapporte les paroles du Prophète ﷺ lors du pèlerinage de l'adieu : "L'année comporte douze mois dont quatre sont sacrés : Zoul-Qa'da, Zoul-Hijja, Mouharram qui se succèdent, et Rajab de Moudar situé entre Joumada et Cha'ban." (rapporté par Ahmed et Boukhari d'après Abou Bakra). Chaque mois sacré avait sa fonction précise dans l'organisation du pèlerinage et des déplacements. La conclusion du verset est un ordre ferme de combattre les idolâtres dans leur totalité, avec la promesse qu'Allah est avec ceux qui Le craignent.
V.37
L'intercalation des mois sacrés est condamnée dans la sourat Tawba comme un acte d'incrédulité aggravée. Les Arabes d'avant l'Islam avaient institué cette pratique pour contourner les interdictions de combat : ils substituaient Safar à Mouharram dans le calendrier sacré, maintenant le compte de quatre mois en apparence mais en vidant leur sacralité de tout contenu réel. Ibn Abbas désigne Jinada Al-Kinani, surnommé Abou Thoumama, comme celui qui se présentait chaque année au pèlerinage pour annoncer de manière arbitraire le statut de tel ou tel mois. Mouhammad Ben Ishaq remonte plus loin encore en désignant "Al-Qoulmos" comme l'initiateur de cette pratique.
V.38-39
Le reproche adressé aux défaillants de l'expédition de Tabouk structure le début de ce passage de la sourat Tawba. Ibn Kathir rappelle le contexte : chaleur accablante, fruits à maturité, ombre bienfaisante, et un long voyage vers le pays du Châm à accomplir. Le commentaire divine est direct : "Préférez-vous la vie de ce monde à la vie future ?" Le Prophète ﷺ illustra lui-même la disproportion : "La durée et le bonheur de ce bas monde par rapport à la vie de l'au-delà sont comparables à ce que l'on rapporte en plongeant un doigt dans la mer. Qu'on considère ce qu'il en retire." (rapporté par Ahmed et Muslim). L'avertissement divin est sévère : refuser le combat attire un châtiment exemplaire et conduit Allah à choisir un autre peuple pour Le servir.
V.40
La sourat Tawba évoque l'émigration du Prophète ﷺ pour illustrer la protection divine à l'œuvre en toute circonstance. Ibn Kathir rappelle que le Prophète ﷺ, fuyant les polythéistes qui voulaient le tuer, trouva refuge avec Abou Bakr dans la grotte Thawr pendant trois jours. La proximité des poursuivants provoqua la peur d'Abou Bakr. Le Prophète ﷺ le rassura par ces mots rapportés dans les deux Sahihs : "O Abou Bakr ! Que penses-tu de deux hommes dont Allah est leur troisième ?" (rapporté par Boukhari et Muslim d'après Anas). Allah fit descendre Sa protection sur Son Prophète ﷺ, envoya des anges à son secours, et "tandis que la parole des incrédules s'abaissait, celle d'Allah s'élevait."
V.41
L'injonction "lourds ou légers, courez au combat" est explicitée dans la sourat Tawba comme valable pour tout croyant, quel que soit son état : jeune ou vieux, riche ou pauvre, fort ou faible. L'exemple d'Abou Talha est rapporté : après avoir lu ce verset, il cria à ses enfants de l'équiper. Ils voulurent combattre à sa place, il refusa et prit la mer, où il mourut. Son corps resta intact pendant neuf jours en mer avant qu'une île soit trouvée pour l'y enterrer. As-Souddy rapporte qu'un homme corpulent vint demander au Prophète ﷺ de l'exempter, et qu'il refusa, ce qui motiva ce verset. La portée générale du verset fut ensuite tempérée par S.9, V.91 qui exempte les faibles, les malades et les démunis sincèrement engagés pour Allah.
V.42
Dans la sourat Tawba, les hypocrites qui ont fait défection à Tabouk sont décrits comme des gens qui auraient suivi le Prophète ﷺ sans hésiter si l'expédition avait offert un profit facile et un trajet court. Le voyage long et pénible vers le Châm les découragea, et ils multiplièrent les serments vides. "Ils s'autodétruisent", car Allah sait qu'ils mentent et leur mensonge leur sera fatal devant Lui.
V.43-45
Le ton de ce passage de la sourat Tawba est celui d'un reproche miséricordieux. Aoun en fait la remarque : "Avez-vous jamais entendu un reproche meilleur ? Il commence par le pardon avant d'adresser la critique !" Ibn Jarir note que le Prophète ﷺ avait pris deux décisions sans y être expressément ordonné : accorder aux hypocrites l'autorisation de rester, et racheter les captifs de Badr. La distinction est ensuite clairement posée dans la sourat Tawba : ceux qui croient vraiment en Allah et au jour dernier ne demandent jamais à être exemptés de mettre leurs biens et personnes au service d'Allah. Seuls les cœurs douteux hésitent et reculent, avançant un pied et retardant l'autre sans jamais se décider.
V.46-48
L'exégète montre dans la sourat Tawba que l'absence de préparatifs est la preuve que les hypocrites n'avaient aucune intention réelle de combattre. Allah a répugné à leur présence dans l'armée pour préserver sa cohésion : ces hommes n'auraient fait que semer la panique, colporter la calomnie et espionner pour l'ennemi. Parmi les compagnons, certains les écoutaient et leur faisaient confiance sans connaître leur vraie nature. Mouhammad Ben Ishaq identifie parmi eux Abdullah Ben Oubay Ben Saloul et Al-Jad Ben Qais, chefs dont Allah voulait épargner aux fidèles l'influence délétère.
V.49
Ce verset de la sourat Tawba traite du cas d'Al-Jad Ben Qaïs, qui supplia le Prophète ﷺ de le dispenser en invoquant sa faiblesse face aux femmes romaines. L'exégèse retourne l'argument contre lui : la vraie tentation dans laquelle il était déjà tombé était sa défection envers le Prophète ﷺ et son choix de son propre intérêt. Le Feu de la Géhenne, avertit le verset, enveloppera les incrédules.
V.50-51
Dans la sourat Tawba, le comportement des hypocrites est décrit : ils se réjouissent des revers des musulmans et s'affligent de leurs succès. Ibn Kathir souligne que la réponse divine à transmettre est celle de la confiance totale : "Il ne nous arrivera que ce qu'Allah voudra. Il est notre Maître. C'est en Lui que les croyants mettent leur confiance." Cette proclamation désarme les suppositions malveillantes des hypocrites.
V.52-54
La sourat Tawba pose ici la différence fondamentale d'espérance entre croyants et hypocrites. Les premiers attendent l'une des deux bonnes issues : la victoire ou le martyre. Les seconds attendent le châtiment divin ou la défaite des fidèles. Les dépenses des hypocrites ne seront jamais acceptées car leur foi est absente et leur prière n'est qu'apparence. "Allah est bon et n'accepte que le bon" : comment accepterait-Il les œuvres de ceux qui croient à peine et dépensent à contrecœur ?
V.55
Ce verset de la sourat Tawba met en garde le Prophète ﷺ contre tout éblouissement par les richesses et les enfants des hypocrites. Al-Hassan Al-Basri y voit un double châtiment dans cette vie : la contrainte de verser la zakat et de dépenser pour la cause divine. Une autre lecture, proposée par Qatada, place l'accent sur le châtiment dans l'au-delà : Allah leur accorde ces richesses et ces enfants précisément pour qu'ils meurent en incrédules et méritent un supplice plus sévère encore.
V.56-57
Ces versets de la sourat Tawba brossent un tableau de la couardise des hypocrites : mus par la peur d'être démasqués, ils jurent mensongèrement appartenir au camp des croyants. S'ils trouvaient un souterrain ou une caverne, ils s'y précipiteraient tête baissée pour fuir toute confrontation. Cette lâcheté fondamentale, note l'exégète, est la marque d'une foi inexistante.
V.58-59
Dans la sourat Tawba, l'exégète rapporte que lors de la distribution du butin de Hounaïn, Zoul-Khouwaissira osa interpeller le Prophète ﷺ en lui reprochant son manque d'équité. Le Prophète ﷺ répondit : "Je serais déçu et perdu si je n'avais pas été équitable." Puis il avertit ses compagnons : "De la postérité de cet homme naîtront des gens avec lesquels vous répugnerez à prier et jeûner. Ils sortiront de la religion telle une flèche qui perce un gibier." (rapporté par Boukhari et Muslim). La bonne attitude est celle qu'Allah recommande : se contenter de ce qu'Il accorde et reporter en Lui toutes ses espérances.
V.60
Ce verset de la sourat Tawba est l'un des fondements du droit islamique en matière de zakat. Il liste huit catégories de bénéficiaires : les pauvres, les nécessiteux, les collecteurs, ceux dont les cœurs sont à gagner, les captifs à racheter et les esclaves à affranchir, les endettés, les combattants dans la voie d'Allah, et les voyageurs. Deux hadiths précisent les deux premières catégories : "L'aumône est interdite au riche et à tout homme qui possède une force." (rapporté par Ahmed, Abou Daoud et Tirmidzi d'après Ibn Omar). Et : "L'indigent n'est pas celui qui sollicite les gens en se contentant d'une bouchée ou deux, mais celui qui ne trouve pas de quoi lui suffire et dont personne ne se souvient." (rapporté par Boukhari et Muslim d'après Abou Houraira). L'exégète rapporte que le Prophète ﷺ avait accordé à Safwan Ben Oumayya, encore idolâtre à Hounaïn, des dons pour "rallier son cœur", et que l'homme finit par déclarer que le Prophète ﷺ était l'homme qu'il avait auparavant le plus détesté et était devenu l'homme qu'il aimait le plus.
V.61
Ce verset de la sourat Tawba réfute l'accusation des hypocrites qui reprochaient au Prophète ﷺ d'être trop crédule. Allah déclare que Son Prophète ﷺ est "toute oreille au bien pour vous" : il croit sincèrement en Allah et fait confiance aux croyants, constituant une miséricorde pour eux. Ceux qui l'attaquent par la parole ont un châtiment sévère qui les attend.
V.62-63
Les serments hypocrites destinés à tromper les croyants sont dénoncés dans la sourat Tawba. Qatada rapporte que des hypocrites tinrent des propos insultants envers le Prophète ﷺ et ses compagnons, puis jurèrent qu'ils n'avaient rien dit. Allah les démentit. L'exégète rappelle qu'il vaudrait mieux pour eux de chercher la satisfaction d'Allah et de Son Prophète ﷺ, car s'opposer à eux conduit à l'humiliation éternelle dans la Géhenne.
V.64-66
La crainte des hypocrites qu'une sourate ne révèle leurs secrets est soulignée dans la sourat Tawba. Qatada rapporte qu'on lui donnait le nom de "la scandaleuse" pour cette raison. L'incident survenu lors de l'expédition vers Tabouk illustre ce verset : des hypocrites tenirent des propos moqueurs sur le Prophète ﷺ, puis prétendirent ne faire que badiner. La réponse divine fut tranchante : "Foin de vos excuses ! Vous êtes devenus infidèles après avoir cru." Seul Moukhchi Ben Hamir, rebaptisé Abdul Rahman, avoua sincèrement sa faute et fut pardonné ; il mourut en martyr le jour de Yamama comme il l'avait demandé.
V.67-70
Un tableau comparatif saisissant entre hypocrites et croyants est dressé dans la sourat Tawba. Les hypocrites s'enjoignent mutuellement le mal, s'interdisent le bien, ferment leurs mains à la dépense et ont oublié Allah qui les a "oubliés" en retour. Pour eux, le Feu éternel. Les croyants, à l'inverse, constituent une communauté solidaire qui ordonne le bien et interdit le mal. Le Prophète ﷺ a dit : "Le croyant doit être pour le croyant comme des pierres d'un édifice qui se renforcent l'une l'autre." (rapporté par Boukhari et Muslim). Et : "Les croyants dans leur affection et leur miséricorde les uns pour les autres sont comparables à un corps humain : si un membre est affecté, les autres membres ressentent la douleur." (rapporté par Boukhari et Muslim). L'avertissement de la sourat Tawba est renforcé par le rappel du sort des générations passées, de Noé à Loth, qui traitèrent leurs prophètes de menteurs.
V.71-72
Les qualités des croyants sincères décrites dans la sourat Tawba culminent dans la promesse d'une double récompense. Allah leur réserve des jardins arrosés d'eau vive pour l'éternité, de belles demeures dans les jardins d'Eden. Mais la récompense la plus haute est Sa satisfaction elle-même. Le Prophète ﷺ rapporte qu'Allah dira aux gens du Paradis : "J'étendrai sur vous Ma satisfaction et alors jamais Je ne me courroucerai contre vous." (rapporté par Boukhari, Muslim et Malek d'après Abou Sa'id Al-Khoudry). D'autres hadiths décrivent le Paradis : des briques en or et en argent enduites de musc, un sol de perles et de corindons, du sable de safran, une jeunesse immortelle. (rapporté par Ahmed d'après Abou Houraira).
V.73
Le verset de la sourat Tawba ordonnant de combattre les incrédules et les hypocrites est commenté par Ali Ben Abi Taleb, qui rapporte quatre ordres de combat décrétés par le Prophète ﷺ : contre les polythéistes (S.9, V.5), contre les gens du Livre (S.9, V.29), contre les hypocrites (S.9, V.73) et contre les rebelles (S.49, V.9). Ibn Mass'oud précise que le combat contre les hypocrites passe par la main, ou à défaut par un visage sévère. Ibn Abbas complète : les incrédules se combattent par l'épée, les hypocrites par la langue.
V.74
Le complot des hypocrites contre le Prophète ﷺ lors de l'expédition de Tabouk est relaté dans la sourat Tawba. Houdzaifa Ben Al-Yamane rapporte qu'il tenait la bride de la chamelle du Prophète ﷺ quand douze cavaliers tentèrent de les barrer la route à Al-Aqaba. Le Prophète ﷺ les mit en fuite puis dit à ses compagnons : "Ce sont les hypocrites jusqu'au jour de la résurrection. Ils voulaient me précipiter dans le ravin." Leur grief contre le Prophète ﷺ était précisément qu'Allah et lui les avaient comblés de bienfaits. Le repentir reste ouvert dans ce passage de la sourat Tawba : "S'ils se rallient, ils en éprouveront du bien."
V.75-78
L'histoire de Tha'laba Ben Hateb illustre dans la sourat Tawba comment la richesse peut devenir une épreuve fatale. L'homme avait supplié le Prophète ﷺ de prier pour lui afin qu'Allah lui accordât de l'aisance. Le Prophète ﷺ l'avertit à plusieurs reprises que peu de biens dont on acquitte les droits valent mieux qu'une grande richesse ingérée. Tha'laba insista. Le Prophète ﷺ pria pour lui. Son troupeau proliféra au point que la ville l'étouffa. Il délassa les prières une à une. Quand vinrent les collecteurs de la zakat, il refusa, assimilant l'impôt à un tribut. Allah suscita alors l'hypocrisie dans son cœur. Ce récit illustre le principe de la sourat Tawba : les biens confiés par Allah à certains ne sont qu'un instrument d'épreuve.
V.79
Dans la sourat Tawba, les railleries des hypocrites envers les donateurs sont condamnées. Ceux qui avaient donné abondamment étaient accusés d'ostentation ; ceux qui n'avaient apporté qu'un sa' de dattes étaient tournés en dérision. Al-Boukhari rapporte la version d'Ibn Mass'oud et celle d'Ibn Abbas confirmant ce récit, notamment l'exemple d'Abdul Rahman Ben Aouf qui fit un don de deux milles dirhams et d'un Ansarien qui apporta un sa' de dattes. En réponse à leur raillerie, Allah retournera leur moquerie contre eux au jour du jugement.
V.80
L'inutilité de toute imploration du pardon pour les hypocrites obstinés est définitivement établie dans la sourat Tawba. Le nombre "soixante-dix" est, comme le précisent les ulémas, une expression arabe d'abondance et non un chiffre précis. Al-Cha'bi rapporte qu'à la mort d'Abdullah Ben Oubay, chef des hypocrites, son fils demanda au Prophète ﷺ de faire la prière funéraire. Omar s'y opposa, mais le Prophète ﷺ avait encore accordé cette prière. Puis ce verset fut révélé, et désormais il ne pria plus pour aucun hypocrite.
V.81-82
Les hypocrites qui s'étaient réjouis de rester en arrière lors de l'expédition de Tabouk sont visés dans la sourat Tawba. Leur prétexte de la chaleur reçoit une réponse sans appel : "Le feu de la Géhenne est autrement brûlant." Le Prophète ﷺ précisa : "Le feu que vous allumez est une des soixante-dix parties du feu de la Géhenne et a été refroidi deux fois par l'eau de la mer." (rapporté par Ahmed d'après Abou Houraira). Et Anas rapporte : "Pleurez ! Si vous n'arrivez pas à pleurer, faites semblant de le faire." (rapporté par Ibn Maja et Al-Hafedh Al-Moussali d'après Anas Ben Malek).
V.83
Ce verset de la sourat Tawba établit la punition des défaillants de Tabouk dans leur vie présente : ils ne participeront plus jamais à aucune expédition aux côtés du Prophète ﷺ. Qatada précise que ces personnes étaient au nombre de douze. La logique divine est celle de la juste rétribution : "On récompense la bonne action par le bien et la mauvaise par le mal."
V.84
L'interdiction définitive de la prière funéraire sur les hypocrites est établie dans la sourat Tawba. Ibn Omar rapporte que c'est la mort du chef des hypocrites Abdullah Ben Oubay qui motiva ce verset. Son fils vint demander au Prophète ﷺ de faire la prière. Omar s'interposa, le Prophète ﷺ avait encore accompli la prière. Puis ce verset descendit et mit fin à cette pratique pour tous les hypocrites. Une tradition rapportée par Jabir ajoute que le Prophète ﷺ fit sortir Abdullah de sa fosse, crachota de sa salive sur lui de la tête aux pieds et le couvrit de son manteau, avant la révélation de l'interdiction.
V.85
Ce verset de la sourat Tawba reprend le même avertissement qu'en S.9, V.55 : les richesses et les enfants accordés aux hypocrites sont une épreuve et un instrument de châtiment dans cette vie, et leur mort en état d'incrédulité aggravera encore leur supplice dans l'au-delà.
V.86-87
Les hommes aisés qui, à la révélation d'un appel au combat, demandèrent une exemption sont décrits dans la sourat Tawba selon un double portrait. En temps de paix, leur langue était acerbe et hardie, conformément à S.33, V.19 et S.47, V.20. En temps de guerre, ils se réfugiaient derrière toutes les excuses. "Leur cœur est fermé comme avec un sceau", ce qui les empêche de percevoir la valeur et le mérite du combat dans la voie d'Allah.
V.88-89
Le contraste est total dans la sourat Tawba entre les hypocrites et ceux qui ont répondu à l'appel. Le Prophète ﷺ et les croyants sincères ont mis leurs personnes et leurs biens au service d'Allah sans compter. Allah ne fera jamais perdre leurs efforts : les jardins où coulent des ruisseaux et le bonheur éternel leur sont destinés.
V.90-93
La sourat Tawba distingue trois groupes à propos de Tabouk. Les bédouins menteurs venus s'excuser méritent le châtiment. Les sincèrement empêchés, à savoir les malades, les faibles et les démunis sans ressources, sont exemptés. Zaïd Ben Thabet rapporte qu'un aveugle vint trouver le Prophète ﷺ en disant : "O Envoyé d'Allah, je suis aveugle" — et ce verset fut alors révélé. Anas rapporte : "Il y a des hommes restés à Médine qui étaient pourtant avec vous dans chaque vallée traversée, car les excuses les ont retenus." (rapporté par Boukhari et Muslim d'après Anas). Les riches qui s'exemptèrent de leur plein gré constituent en revanche la troisième catégorie condamnable.
V.94-96
Dans la sourat Tawba, Allah prévient les croyants à l'avance du comportement des hypocrites à leur retour à Médine : ils présenteront des excuses et jureront par Allah de leur bonne foi. L'ordre divin est de s'en détourner sans les réprimander, car ils sont "souillure" dans leur essence et leur destination est la Géhenne. Même la satisfaction humaine des croyants ne leur bénéficiera pas, car Allah n'accordera pas la Sienne à des gens rebelles à Sa loi.
V.97-99
La sourat Tawba présente une vision nuancée des bédouins. La majorité d'entre eux sont les plus endurcis dans l'incrédulité et l'hypocrisie, car la rusticité du désert les a éloignés des enseignements divins. L'anecdote de Zaïd Ben Souhan et du bédouin ignorant quelle main on coupe en cas de vol illustre ce constat. La rudesse des gens des déserts est confirmée par le fait qu'aucun Prophète n'y fut jamais envoyé. Parmi eux, cependant, des croyants sincères voient dans leurs dépenses un moyen de se rapprocher d'Allah et d'obtenir la bénédiction du Prophète ﷺ. Ceux-là recevront la miséricorde divine.
V.100
Ce verset de la sourat Tawba est un hommage aux premiers parmi les Mouhadjirins et les Ansariens. Une divergence oppose les exégètes sur leur identité précise : Al-Cha'bi les identifie à ceux qui prêtèrent serment à Houdaybya ; Al-Hassan et Qatada les voient comme les premiers convertis ayant orienté leur prière vers Jérusalem avant La Mecque. La conclusion pratique est que tout croyant doit leur réserver le plus profond respect, surtout à Abou Bakr As-Siddiq, le compagnon intime du Prophète ﷺ.
V.101
La sourat Tawba révèle ici la présence persistante d'hypocrites au cœur de Médine et parmi les bédouins environnants. "Tu ne les connais pas, mais Nous, Nous les connaissons" : ce distinguo entre la connaissance humaine et la connaissance divine ne contredit pas le verset S.47, V.30 puisque leurs caractères et leur comportement permettent tout de même de les reconnaître. Leur châtiment sera double dans ce bas monde, selon les divergentes opinions des exégètes, avant le supplice terrible de l'au-delà.
V.102
La porte de la miséricorde divine est grande ouverte dans la sourat Tawba pour ceux qui ont mêlé bonnes et mauvaises actions. Ibn Abbas rapporte que ce verset concerne Abou Loubaba et ses amis qui s'étaient attachés aux colonnes de la mosquée après leur défection. Un rêve du Prophète ﷺ illustre cette catégorie : il vit des hommes dont la moitié du corps était belle et l'autre laide, qui plongèrent dans une rivière et en ressortirent entièrement beaux, "ceux qui ont mêlé une bonne action à une mauvaise et à qui on a pardonné." (rapporté par Boukhari d'après Samourah).
V.103-104
L'obligation de la zakat et sa portée purificatrice sont au cœur de ce passage de la sourat Tawba. Allah ordonne au Prophète ﷺ de prélever sur les biens une aumône pour "purifier et ennoblir les âmes." Abdullah Ben Abi Awfa rapporte que le Prophète ﷺ invoquait Allah en faveur de quiconque lui apportait une aumône ; à la famille d'Abi Awfa il dit : "Allah prie pour la famille d'Abi Awfa." L'exégète relève que la zakat efface les péchés, car Dieu prend cette aumône de Sa main droite et la fait accroître pour son donateur, "de sorte qu'une datte serait autant que le mont Ouhod."
V.105
Ce verset de la sourat Tawba est un avertissement adressé à quiconque désobéit à Allah : ses œuvres seront exposées devant Allah, Son Prophète ﷺ et les croyants au jour de la résurrection. Le Prophète ﷺ précise que cette exposition peut commencer dès ce bas monde : les œuvres des vivants sont présentées à leurs proches décédés dans l'isthme, qui se réjouissent ou implorent Allah pour leurs parents encore en vie. "Agissez. Allah verra vos actions, ainsi que Son Prophète ﷺ et les croyants."
V.106
Ce verset de la sourat Tawba concerne les trois compagnons qui manquèrent à Tabouk par faiblesse et non par hypocrisie : Mirara Ben Al-Rabi', Ka'b Ben Malek et Hilal Ben Oumayya. Ibn Abbas et Moujahed précisent qu'ils n'étaient pas hypocrites et ne s'étaient pas non plus attachés aux colonnes de la mosquée comme Abou Loubaba. Leur sort est remis entre les mains d'Allah : "Soit qu'Il les punisse, soit qu'Il leur pardonne." L'exégète conclut que la miséricorde d'Allah l'emporte en fin de compte sur le châtiment.
V.107-110
L'histoire de la mosquée de dissidence est développée dans la sourat Tawba autour du personnage d'Abou Amer Al-Raheb, ancien chrétien devenu ennemi de l'Islam. Il demanda à l'Empereur Héraclius de lui envoyer une armée et chargea des hypocrites à Médine de construire une mosquée pour servir de base à ses émissaires. Cette mosquée fut construite près de Qouba' sous prétexte de faciliter la prière des faibles et des malades. Gabriel informa le Prophète ﷺ de la réalité de cette construction avant son retour, et il fit démolir la mosquée. Allah compare la mosquée de Qouba', fondée dès le premier jour sur la piété, à cette construction bâtie sur le bord d'un précipice menant à la Géhenne. Le Prophète ﷺ dit de la mosquée de Qouba' : "Une prière faite en son sein équivaut en mérite à une visite pieuse."
V.111
La sourat Tawba contient le plus grand contrat de l'histoire humaine : Allah a acheté des croyants leurs personnes et leurs biens en échange du Paradis. Cette promesse est inscrite dans la Torah, l'Évangile et le Coran. La veille de la nuit de 'Al-Aqaba, quand Abdullah Ben Rawaha demanda au Prophète ﷺ ce qu'il réclamait en retour, ce dernier répondit : "Le Paradis." Les fidèles s'exclamèrent : "Le négoce a donné son profit !" Le hadith des deux Sahihs confirme cette promesse : "Allah s'est porté garant du sort de celui qui part pour combattre dans le chemin d'Allah, n'ayant d'autre but que ce combat, croyant en Lui et en Ses Prophètes : de le faire entrer au Paradis s'il meurt, ou de le rendre à sa demeure avec ce qu'il a obtenu comme récompense et butin." (rapporté par Boukhari n°2787 et Muslim n°1876 d'après Abou Houraira).
V.112
À travers la sourat Tawba, ce verset décrit les croyants dont Allah a acheté les âmes et les biens. Ils se repentent en abandonnant tout péché, adorent Allah en persévérant dans leurs pratiques cultuelles, Le glorifient en toute occasion, répandent Son nom par le jeûne et les exercices de piété, se courbent et se prosternent dans les prières obligatoires et surérogatoires, ordonnent le bien, interdisent le mal et respectent les limites divines. "Annonce une bonne nouvelle aux croyants" : leur récompense dans les deux mondes est garantie.
V.113-114
L'interdiction d'implorer le pardon pour les idolâtres morts est établie dans la sourat Tawba à travers deux exemples. La mort d'Abou Taleb, l'oncle du Prophète ﷺ, qui refusa la profession de foi sous l'influence d'Abou Jahl et Abdullah Ben Oumayya, motiva la révélation. Un autre récit d'Ibn Bouraïda décrit le Prophète ﷺ qui pleure lors d'une expédition après avoir imploré le pardon pour sa mère et essuyé un refus divin. Il dit alors : "Je vous avais interdit de visiter les tombes, mais maintenant visitez-les car dans leur visite peut-être il y aura un bien pour vous." (rapporté par Ahmed d'après Ibn Bouraïda). L'exception d'Abraham qui implora le pardon de son père s'expliquait par une promesse faite de son vivant ; à sa mort, Abraham se désavoua de lui, tout en restant d'un naturel compatissant.
V.115-116
La générosité et l'équité divines sont rappelées dans la sourat Tawba : Allah ne laisse jamais un peuple s'égarer après l'avoir guidé sans l'avoir préalablement averti. Ibn Jarir commente que cette disposition divine excuse l'imploration du pardon pour les morts idolâtres faite avant l'interdiction. La souveraineté absolue d'Allah sur les cieux et la terre, Sa maîtrise de la vie et de la mort, est le fondement de la confiance que les croyants Lui portent. Ils n'ont besoin d'aucun appui en dehors de Lui.
V.117
Ce verset de la sourat Tawba célèbre le pardon divin accordé au Prophète ﷺ, aux Mouhadjirins et aux Ansariens qui l'avaient soutenu lors des heures difficiles de l'expédition de Tabouk. Omar Ben Al-Khattab décrit la soif extrême des combattants : certains abattaient leurs chameaux pour en extraire un peu de liquide. À la demande d'Abou Bakr, le Prophète ﷺ pria, et une pluie s'abattit sur le camp sans toucher ce qui se trouvait autour. Ibn Jarir précise que les "heures difficiles" désignent la pénurie de montures, de provisions et d'eau, au point que certains cœurs faillirent vaciller.
V.118-119
Le pardon accordé aux trois compagnons absents de Tabouk est l'une des pages les plus émouvantes de la sourat Tawba. Ka'b Ben Malek rapporte l'intégralité de son récit : lui qui n'avait jamais manqué aucune expédition, sauf celle-là, se retrouva boycotté pendant cinquante jours avec ses deux compagnons. La terre, toute vaste qu'elle était, leur paraissait étroite. Quand il se présenta honnêtement au Prophète ﷺ en admettant n'avoir aucune excuse, il lui fut dit : "Celui-là a dit la vérité." Après cinquante jours d'isolement total, Allah révéla leur pardon. Le verset se conclut par une injonction universelle de la sourat Tawba : "O croyants, craignez Allah et soyez du côté des justes." Abdullah Ben Mass'oud a dit à ce propos : "Aucun profit à tirer du mensonge, que ce soit sérieux ou une plaisanterie."
V.120-121
L'exégèse de la sourat Tawba valorise chaque effort consenti dans le sentier d'Allah lors de l'expédition de Tabouk. Toute soif, toute fatigue, tout pas posé qui contrarie les mécréants, tout succès sur un ennemi, se transforment en bonnes actions comptabilisées par Allah. Othman Ben Affan équipa successivement cent, deux cents puis trois cents chameaux pour cette expédition, si bien que le Prophète ﷺ dit : "Allah ne demandera pas compte à Othman sur tout ce qu'il aura commis après cela."
V.122
Ce verset de la sourat Tawba établit un équilibre entre le devoir de combat et la nécessité de l'instruction religieuse. Un groupe doit combattre, un autre doit apprendre. À leur retour de l'expédition, les soldats apprendront ce qui a été révélé en leur absence. Al-Dahak précise que les régiments ne partaient jamais sans l'autorisation du Prophète ﷺ, et à leur retour ils demandaient aux fidèles restés de leur enseigner les révélations nouvelles.
V.123
La logique géographique de l'ordre de combat dans la sourat Tawba commence par les voisins proches. Le Prophète ﷺ commença ainsi par les idolâtres de la presqu'île arabique, puis dirigea ses efforts vers les Byzantins. L'exégète retrace l'expansion islamique sous Abou Bakr, Omar et Othman, qui combattirent Romains et Perses, conquirent leurs pays et en redistribuèrent les trésors dans le sentier d'Allah. "Qu'ils sentent votre rudesse" signifie que le croyant doit être doux envers son frère et ferme envers les incrédules, conformément à S.5, V.54 et S.48, V.29.
V.124-125
La sourat Tawba décrit ici les effets opposés du Coran sur les cœurs différents. Les vrais croyants voient leur foi augmenter et s'en réjouissent. Les cœurs malades voient s'aggraver leur trouble. S.41, V.44 confirme : "Ce Coran est un guide et un baume pour les croyants. Il se heurte à la surdité et à l'aveuglement des incrédules." Cette réalité est, selon l'exégèse, la preuve que la foi peut croître ou décroître.
V.126-127
Les hypocrites obstinés de la sourat Tawba persistent dans leur refus malgré les épreuves répétées. Moujahed interprète ces épreuves comme la disette, Qatada comme les guerres et les conquêtes. Après chaque révélation, les hypocrites échangeaient des regards furtifs pour vérifier qu'ils n'étaient pas observés, puis se détournaient sans réfléchir. Dieu ferme leurs cœurs car "ils sont des gens qui préfèrent s'éloigner des enseignements plutôt que de les comprendre."
V.128-129
La sourat Tawba s'achève sur deux versets d'une tendresse divine exceptionnelle. Le Prophète ﷺ est décrit comme un homme choisi parmi les croyants eux-mêmes, que leurs peines touchent, impatient de les voir s'améliorer, toute bonté et clémence. Ibn Mass'oud rapporte qu'il a dit : "Allah n'a imposé aucune interdiction sans qu'Il ne sache que vous allez la transgresser. Or je vous tiens par la tête de peur que vous ne vous précipitiez dans le feu comme font les mouches et les papillons." (rapporté par Ahmed d'après Abdullah Ben Mass'oud). Face à ceux qui se détourneraient de ce message, la réponse est celle d'une confiance absolue en Allah : "Allah me suffit. Il n'y a d'autre Allah que Lui. Je me fie à Lui. Il est le détenteur du Trône sublime." Abou Ad-Darda' a rapporté que ces paroles, répétées sept fois matin et soir, délivrent de toute gêne. C'est sur cette proclamation que se referme la sourat Tawba.