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Sourate Al Anfal

Sourate 8 en français

1
Ils t'interrogent au sujet du butin. Dis: « Le butin est à Allah et à Son messager. » Craignez Allah, maintenez la concorde entre vous et obéissez à Allah et à Son messager, si vous êtes croyants.

2
Les vrais croyants sont ceux dont les cœurs frémissent quand on mentionne Allah. Et quand Ses versets leur sont récités, cela fait augmenter leur foi. Et ils placent leur confiance en leur Seigneur.

3
Ceux qui accomplissent la Salat et qui dépensent [dans le sentier d'Allah] de ce que Nous leur avons attribué.

4
Ceux-là sont, en toute vérité les croyants: à eux des degrés (élevés) auprès de leur Seigneur, ainsi qu'un pardon et une dotation généreuse.

5
De même, c'est au nom de la vérité que ton Seigneur t'a fait sortir de ta demeure, malgré la répulsion d'une partie des croyants.

6
Ils discutent avec toi au sujet de la vérité après qu'elle fut clairement apparue; comme si on les poussait vers la mort et qu'ils (la) voyaient.

7
(Rappelez-vous), quand Allah vous promettait qu'une des deux bandes sera à vous. Vous désiriez vous emparer de celle qui était sans armes, alors qu'Allah voulait par Ses paroles faire triompher la vérité et anéantir les mécréants jusqu'au dernier.

8
Afin qu'Il fasse triompher la vérité et anéantir le faux, en dépit de la répulsion qu'en avaient les criminels.

9
(Et rappelez-vous) le moment où vous imploriez le secours de votre Seigneur et qu'Il vous exauça aussitôt: « Je vais vous aider d'un millier d'Anges déferlant les uns à la suite des autres. »

10
Allah ne fit cela que pour (vous) apporter une bonne nouvelle et pour qu'avec cela vos cœurs se tranquillisent. Il n'y a de victoire que de la part d'Allah. Allah est Puissant et Sage.

11
Et quand Il vous enveloppa de sommeil comme d'une sécurité de Sa part, et du ciel Il fit descendre de l'eau sur vous afin de vous en purifier, d'écarter de vous la souillure du Diable, de renforcer les cœurs et d'en raffermir les pas ! [vos pas].

12
Et ton Seigneur révéla aux Anges: « Je suis avec vous: affermissez donc les croyants. Je vais jeter l'effroi dans les cœurs des mécréants. Frappez donc au-dessus des cous et frappez-les sur tous les bouts des doigts.

13
Ce, parce qu'ils ont désobéi à Allah et à Son messager. » Et quiconque désobéit à Allah et à Son messager... Allah est certainement dur en punition !

14
Voilà (votre sort); goûtez-le donc ! Et aux mécréants le châtiment du Feu (sera réservé).

15
Ô vous qui croyez quand vous rencontrez (l'armée) des mécréants en marche, ne leur tournez point le dos.

16
Quiconque, ce jour-là, leur tourne le dos, -à moins que ce soit par tactique de combat, ou pour rallier un autre groupe, -celui-là encourt la colère d'Allah et son refuge sera l'Enfer. Et quelle mauvaise destination !

17
Ce n'est pas vous qui les avez tués: mais c'est Allah qui les a tués. Et lorsque tu lançais (une poignée de terre), ce n'est pas toi qui lançais: mais c'est Allah qui lançait, et ce pour éprouver les croyants d'une belle épreuve de Sa part ! Allah est Audient et Omniscient.

18
Voilà ! Allah réduit à rien la ruse des mécréants.

19
Si vous avez imploré l'arbitrage d'Allah vous connaissez maintenant la sentence [d'Allah] Et si vous cessez [la mécréance et l'hostilité contre le Prophète..], c'est mieux pour vous. Mais si vous revenez, Nous reviendrons, et votre masse, même nombreuse, ne vous sera d'aucune utilité. Car Allah est vraiment avec les croyants.

20
Ô vous qui croyez ! Obéissez à Allah et à Son messager et ne vous détournez pas de lui quand vous l'entendez (parler).

21
Et ne soyez pas comme ceux qui disent: « Nous avons entendu », alors qu'ils n'entendent pas.

22
Les pires des bêtes auprès d'Allah, sont, [en vérité], les sourds-muets qui ne raisonnent pas.

23
Et si Allah avait reconnu en eux quelque bien, Il aurait fait qu'ils entendent. Mais, même s'Il les faisait entendre, ils tourneraient [sûrement] le dos en s'éloignant.

24
Ô vous qui croyez ! Répondez à Allah et au Messager lorsqu'il vous appelle à ce qui vous donne la (vraie) vie, et sachez qu'Allah s'interpose entre l'homme et son cœur, et que c'est vers Lui que vous serez rassemblés.

25
Et craignez une calamité qui n'affligera pas exclusivement les injustes d'entre vous. Et sachez qu'Allah est dur en punition.

26
Et rappelez-vous quand vous étiez peu nombreux, opprimés sur terre, craignant de vous faire enlever par des gens. Il vous donna asile, vous renforça de Son secours et vous attribua de bonnes choses afin que vous soyez reconnaissants.

27
Ô vous qui croyez ! Ne trahissez pas Allah et le Messager. Ne trahissez pas sciemment la confiance qu'on a placée en vous ?

28
Et sachez que vos biens et vos enfants ne sont qu'une épreuve et qu'auprès d'Allah il y a une énorme récompense.

29
Ô vous qui croyez ! Si vous craignez Allah, Il vous accordera la faculté de discerner (entre le bien et le mal), vous effacera vos méfaits et vous pardonnera. Et Allah est le Détenteur de l'énorme grâce.

30
(Et rappelle-toi) le moment où les mécréants complotaient contre toi pour t'emprisonner ou t'assassiner ou te bannir. Ils complotèrent. mais Allah a fait échouer leur complot, et Allah est le meilleur en stratagèmes.

31
Et lorsque Nos versets leur sont récités, ils disent: « Nous avons écouté, certes ! Si nous voulions, nous dirions pareil à cela, ce ne sont que des légendes d'anciens. »

32
Et quand ils dirent: « Ô Allah, si cela est la vérité de Ta part, alors, fais pleuvoir du ciel des pierres sur nous, ou fais venir sur nous un châtiment douloureux. »

33
Allah n'est point tel qu'Il les châtie, alors que tu es au milieu d'eux. Et Allah n'est point tel qu'il les châtie alors qu'Ils demandent pardon.

34
Qu'ont-ils donc pour qu'Allah ne les châtie pas, alors qu'ils repoussent (les croyants) de la Mosquée sacrée, quoiqu'ils n'en soient pas les gardiens, car ses gardiens ne sont que les pieux. Mais la plupart d'entre eux ne le savent pas.

35
Et leur prière, auprès de la Maison, n'est que sifflement et battements de mains: « Goûtez donc au châtiment, à cause de votre mécréance ! »

36
Ceux qui ne croient pas dépensent leurs biens pour éloigner (les gens) du sentier d'Allah. Or, après les avoir dépensés, ils seront pour eux un sujet de regret. Puis ils seront vaincus, et tous ceux qui ne croient pas seront rassemblés vers l'Enfer,

37
Afin qu'Allah distingue le mauvais du bon, et qu'Il place les mauvais les uns sur les autres, pour en faire un amoncellement qu'Il jettera dans l'Enfer. Ceux-là sont les perdants.

38
Dis à ceux qui ne croient pas que, s'ils cessent, on leur pardonnera ce qui s'est passé. Et s'ils récidivent, (ils seront châtiés); à l'exemple de (leurs) devanciers.

39
Et combattez-les jusqu'à ce qu'il ne subsiste plus d'association, et que la religion soit entièrement à Allah. Puis, s'ils cessent (ils seront pardonnés car) Allah observe bien ce qu'ils œuvrent.

40
Et s'ils tournent le dos, sachez alors qu'Allah est votre Maître. Quel excellent Maître et quel excellent Protecteur !

41
Et sachez que, de tout butin que vous avez ramassé, le cinquième appartient à Allah, au messager, à ses proches parents, aux orphelins, aux pauvres, et aux voyageurs (en détresse), si vous croyez en Allah et en ce que Nous avons fait descendre sur Notre serviteur, le jour du Discernement: le jour où les deux groupes s'étaient rencontrés, et Allah est Omnipotent.

42
Vous étiez sur le versant le plus proche, et eux (les ennemis) sur le versant le plus éloigné, tandis que la caravane était plus bas que vous. Si vous vous étiez donné rendez-vous, vous l'auriez manqué (effrayés par le nombre de l'ennemi). Mais il fallait qu'Allah accomplît un ordre qui devait être exécuté, pour que, sur preuve, pérît celui qui (devait) périr, et vécût, sur preuve, celui qui (devait) vivre. Et certes Allah est Audient et Omniscient.

43
En songe, Allah te les avait montrés peu nombreux ! Car s'Il te les avait montrés nombreux, vous auriez certainement fléchi, et vous vous seriez certainement disputés à propos de l'affaire. Mais Allah vous en a préservés. Il connaît le contenu des cœurs.

44
Et aussi, au moment de la rencontre, Il vous les montrait peu nombreux à vos yeux, de même qu'Il vous faisait paraître à leurs yeux peu nombreux afin qu'Allah parachève un ordre qui devait être exécuté. C'est à Allah que sont ramenées les choses.

45
Ô vous qui croyez ! Lorsque vous rencontrez une troupe (ennemie), soyez fermes, et invoquez beaucoup Allah afin de réussir.

46
Et obéissez à Allah et à Son messager; et ne vous disputez pas, sinon vous fléchirez et perdrez votre force. Et soyez endurants, car Allah est avec les endurants.

47
Et ne soyez pas comme ceux qui sortirent de leurs demeures pour repousser la vérité et avec ostentation publique, obstruant le chemin d'Allah. Et Allah cerne ce qu'ils font.

48
Et quand le Diable leur eut embelli leurs actions et dit: « Nul parmi les humains ne peut vous dominer aujourd'hui, et je suis votre soutien. » Mais, lorsque les deux groupes furent en vue l'un de l'autre, il tourna les deux talons et dit: « Je vous désavoue. Je vois ce que vous ne voyez pas; je crains Allah, et Allah est dur en punition ».

49
(Et rappelez-vous), quand les hypocrites et ceux qui ont une maladie au cœur [dont la foi est douteuse] disaient: « Ces gens-là, leur religion les trompe. » Mais quiconque place sa confiance en Allah (sera victorieux)... car Allah est Puissant et Sage.

50
Si tu voyais, lorsque les Anges arrachaient les âmes aux mécréants ! Ils les frappaient sur leurs visages et leurs derrières, (en disant): « Goûtez au châtiment du Feu. »

51
Cela (le châtiment), pour ce que vos mains ont accompli. Et Allah n'est point injuste envers les esclaves.

52
Il en fut de même des gens de Fir'awn (Pharaon) et ceux qui avant eux n'avaient pas cru aux signes (enseignements) d'Allah. Allah les saisit pour leurs péchés. Allah est certes Fort et sévère en punition.

53
C'est qu'en effet Allah ne modifie pas un bienfait dont Il a gratifié un peuple avant que celui-ci change ce qui est en lui-même. Et Allah est, Audient et Omniscient.

54
Il en fut de même des gens de Fir'awn (Pharaon) et ceux qui avant eux avaient traité de mensonges les signes (enseignements) de leur Seigneur. Nous les avons fait périr pour leurs péchés. Et Nous avons noyé les gens de Fir'awn (Pharaon). Car ils étaient tous des injustes.

55
Les pires bêtes, auprès d'Allah, sont ceux qui ont été infidèles (dans le passé) et qui ne croient donc point (actuellement),

56
Ceux-là mêmes avec lesquels tu as fait un pacte et qui chaque fois le rompent, sans aucune crainte [d'Allah].

57
Donc, si tu les maîtrises à la guerre, inflige-leur un châtiment exemplaire de telle sorte que ceux qui sont derrière eux soient effarouchés. Afin qu'ils se souviennent.

58
Et si jamais tu crains vraiment une trahison de la part d'un peuple, dénonce alors le pacte (que tu as conclu avec), d'une façon franche et loyale car Allah n'aime pas les traîtres.

59
Que les mécréants ne pensent pas qu'ils Nous ont échappé. Non, ils ne pourront jamais Nous empêcher (de les rattraper à n'importe quel moment).

60
Et préparez [pour lutter] contre eux tout ce que vous pouvez comme force et comme cavalerie équipée, afin d'effrayer l'ennemi d'Allah et le vôtre, et d'autres encore que vous ne connaissez pas en dehors de ceux-ci mais qu'Allah connaît. Et tout ce que vous dépensez dans le sentier d'Allah vous sera remboursé pleinement et vous ne serez point lésés.

61
Et s'ils inclinent à la paix, incline vers celle-ci (toi aussi) et place ta confiance en Allah, car c'est Lui l'Audient, l'Omniscient.

62
Et s'ils veulent te tromper, alors Allah te suffira. C'est Lui qui t'a soutenu par Son secours, ainsi que par (l'assistance) des croyants.

63
Il a uni leurs cœurs (par la foi). Aurais-tu dépensé tout ce qui est sur terre, tu n'aurais pu unir leurs cœurs; mais c'est Allah qui les a unis, car Il est Puissant et Sage.

64
Ô Prophète, Allah et ceux des croyants qui te suivent te suffisent.

65
Ô Prophète, incite les croyants au combat. S'il se trouve parmi vous vingt endurants, ils vaincront deux cents; et s'il s'en trouve cent, ils vaincront mille mécréants, car ce sont vraiment des gens qui ne comprennent pas.

66
Maintenant, Allah a allégé votre tâche, sachant qu'il y a de la faiblesse en vous. S'il y a cent endurants parmi vous, ils vaincront deux cents; et s'il y en a mille, ils vaincront deux mille, par la grâce d'Allah. Et Allah est avec les endurants.

67
Un prophète ne devrait pas faire de prisonniers avant d'avoir prévalu [mis les mécréants hors de combat] sur la terre. Vous voulez les biens d'ici-bas, tandis qu'Allah veut l'au-delà. Allah est Puissant et Sage.

68
N'eût-été une prescription préalable d'Allah, un énorme châtiment vous aurait touché pour ce que vous avez pris. [de la rançon]

69
Mangez donc de ce qui vous est échu en butin, tant qu'il est licite et pur. Et craignez Allah, car Allah est Pardonneur et Miséricordieux.

70
Ô Prophète, dis aux captifs qui sont entre vos mains: « Si Allah sait qu'il y a quelque bien dans vos cœurs, Il vous donnera mieux que ce qui vous a été pris et vous pardonnera. Allah est Pardonneur et Miséricordieux. »

71
Et s'ils veulent te trahir..., c'est qu'ils ont déjà trahi Allah [par la mécréance]; mais Il a donné prise sur eux [le jour de Badr]. Et Allah est Omniscient et Sage.

72
Ceux qui ont cru, émigré et lutté de leurs biens et de leurs personnes dans le sentier d'Allah, ainsi que ceux qui leur ont donné refuge et secours, ceux-là sont alliés les uns des autres. Quant à ceux qui ont cru et n'ont pas émigré, vous ne serez pas liés à eux, jusqu'à ce qu'ils émigrent. Et s'ils vous demandent secours au nom de la religion, à vous alors de leur porter secours, mais pas contre un peuple auquel vous êtes liés par un pacte. Et Allah observe bien ce que vous œuvrez.

73
Et ceux qui n'ont pas cru sont alliés les uns des autres. Si vous n'agissez pas ainsi [en rompant les liens avec les infidèles], il y aura discorde sur terre et grand désordre.

74
Et ceux qui ont cru, émigré et lutté dans le sentier d'Allah, ainsi que ceux qui leur ont donné refuge et porté secours, ceux-là sont les vrais croyants: à eux, le pardon et une récompense généreuse.

75
Et ceux qui après cela ont cru et émigré et lutté en votre compagnie, ceux-là sont des vôtres. Cependant ceux qui sont liés par la parenté ont priorité les uns envers les autres, d'après le Livre d'Allah. Certes, Allah est Omniscient.

Au nom de d'Allah le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux

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Le tafsir

V.1

La première révélation médinoise de cette sourate traite du statut juridique du butin. Ibn Kathir recense plusieurs définitions du terme al-anfal. Ibn Abbas y voit la gratification exceptionnelle accordée par le dirigeant à titre individuel après la répartition des dépouilles. La révélation de la sourate Al Anfal, selon Moujahed, fait suite à la question du Prophète ﷺ sur le sort du cinquième après Badr. 'Ata Ben Abi Rabah retient la définition la plus large : tout ce qui parvient au Prophète ﷺ des polythéistes sans combat, montures, esclaves, armes.

Le récit de Sa'd Ben Abi Waqas illustre l'enjeu : il avait tué Sa'id Ben Al-'As et pris son sabre, mais le Prophète ﷺ lui ordonna de le déposer avec le butin commun. Il s'exécuta le cœur serré, et c'est à ce moment que la sourate Al Anfal fut révélée, tranchant que le butin appartient à Allah et à Son Messager ﷺ, avant que le Prophète ﷺ ne lui demande d'aller récupérer ses dépouilles. L'imam Ahmed rapporte, d'après 'Oubada Ben As-Samet, la division des muslums en trois groupes à Badr et le différend qui surgit entre eux, réglé par l'injonction de maintenir la concorde et d'obéir à Allah et à Son Envoyé ﷺ.

Al-Qassem Ben Salam précise que le butin revenait en principe au Prophète ﷺ, et que le jour de Badr il le partagea sans le répartir en cinq lots avant la révélation de la règle du cinquième. Ibn Zaid s'y oppose, considérant le premier verset de la sourate Al Anfal comme fondamental et permanent : tout ce que les muslums prennent à l'ennemi appartient à Allah et à Son Envoyé ﷺ, et son cinquième est consacré aux ayants droit selon le Livre et la Sunna.

V.2-4

Quatre marques distinguent les croyants véritables selon ce passage. Le frémissement du cœur à la mention d'Allah, l'accroissement de la foi à l'écoute des versets, la confiance exclusive en Allah, la régularité dans la prière et la générosité dans la dépense des biens. As-Souddy précise, dans son commentaire de la sourate Al Anfal, que ce frémissement concerne l'homme sur le point de commettre une injustice : le rappel d'Allah le retient et son cœur se contracte aussitôt. Oum Ad-Darda' lui donne une image parlante : cette sensation ressemble au craquement d'une branche de palmier en feu, que l'invocation d'Allah dissipe entièrement.

Sur l'accroissement de la foi, Ibn Kathir établit le parallèle avec S.IX, V.124, et rappelle que Boukhari, Al-Chafi'i et Ahmed Ben Hanbal partagent l'affirmation que la foi varie en intensité selon les cœurs. Sa'id Ben Joubaïr exprime cette réalité en une formule : la confiance totale en Allah est le symbole même de la foi. Qatada précise que ces croyants traduisent leur foi en actes concrets, à commencer par la prière qui est le droit d'Allah, puis la dépense dans Sa voie.

La récompense promise à ces croyants fervents est illustrée par deux récits. Al-Hareth Ben Malek Al-Ansari décrivit au Prophète ﷺ une foi vécue de tout son être : nuits en prière, jours en jeûne, vision intérieure du Trône et des habitants du Paradis comme de ceux du Feu. Le Prophète ﷺ lui dit trois fois : «Tu as vraiment touché la réalité de la foi, garde-la» (rapporté par Al-Hafedh, Tabarani d'après Al-Hareth Ben Malek Al-Ansari). Le hadith sur les degrés élevés du Paradis décrit ceux qui les occupent comme perçus par ceux d'en dessous à la manière d'une étoile filante disparaissant à l'horizon (rapporté par Boukhari et Muslim d'après Abou Hourayra).

V.5-8

Le Prophète ﷺ fut conduit hors de sa demeure par le commandement divin, et une partie des croyants manifesta son mécontentement face à la perspective du combat. L'exégèse de la sourate Al Anfal rapporte la consultation tenue à Al-Rawha' : Abou Bakr, Omar, Al-Miqdad Ben Amr prirent successivement la parole en faveur du combat. Sa'd Ben Mou'adz s'exprima au nom des Ansariens avec une fidélité sans réserve, ajoutant : «Il se peut que Dieu te fasse voir demain ce qui te rendra satisfait.» L'Envoyé d'Allah ﷺ fut réjoui de ces propos et annonça aux fidèles la promesse de la victoire.

Allah choisit l'affrontement avec la troupe armée plutôt que la prise de la caravane désarmée. Ce choix relevait de Sa volonté de faire triompher la vérité dans tout son éclat et d'anéantir le faux. Ibn Abbas rapporte qu'Al-Abbas Ben Abdul-Muttaleb, encore prisonnier polythéiste, rappela à ceux qui voulaient poursuivre la caravane que la promesse divine portait sur l'une des deux troupes. Allah connaît les conséquences et dirige les fidèles vers ce qui sert Ses desseins, même si cela leur déplaît dans un premier temps, comme Il le confirme en S.II, V.216.

V.9-10

Au cœur de la bataille de Badr, le Prophète ﷺ implora Allah, portant son izar sur les épaules, jusqu'à ce que son vêtement glisse. Abou Bakr le lui remit sur les épaules et le rassura. La réponse divine fut l'envoi de mille anges en rangs serrés. La sourate Al Anfal établit clairement que ce soutien angélique était une annonce de la victoire et un affermissement des cœurs, la victoire n'appartenant en réalité qu'à Allah seul. Ibn Jarir précise que Gabriel commandait mille anges à la droite du Prophète ﷺ et Mickaël mille autres à sa gauche. Ibn Abbas retient la répartition de cinq cents de chaque côté sous les commandements respectifs des deux archanges.

Un combattant musulman, dans la poursuite, entendit la voix d'un cavalier invisible crier «Avance, Haïzoum» et vit l'ennemi s'effondrer mort, la tête fendue par un coup de fouet. Le Prophète ﷺ lui confirma que ce soutien venait du troisième ciel. La sourate Al Anfal rappelle aussi que Gabriel vint demander au Prophète ﷺ comment il estimait les combattants de Badr, et que celui-ci répondit qu'ils étaient les meilleurs parmi les musulmans. L'histoire de Hateb Ben Abi Balta'a en atteste : il avait trahi, mais le Prophète ﷺ le gracia en disant : «Il a participé à Badr, que sais-tu, peut-être Allah leur a pardonné.»

V.11

Le sommeil et la pluie accordés aux croyants avant la bataille constituent deux faveurs divines distinctes. La sourate Al Anfal cite Abou Talha : son sabre lui tombait plusieurs fois des mains tant le sommeil était profond, et il voyait les combattants assoupis sous leurs boucliers. Ali rapporte que le Prophète ﷺ était le seul éveillé cette nuit-là, priant sous un arbre en pleurant jusqu'au matin. Abdullah Ben Mass'oud pose la distinction essentielle : le sommeil dans un combat est une sécurité venant d'Allah, tandis que celui de la prière provient du démon.

Un hadith authentifié rapporte que le Prophète ﷺ s'éveilla en souriant sous la tonnelle et dit à Abou Bakr : «Réjouis-toi, voilà Gabriel qui s'avance en produisant de la poussière derrière lui», puis sortit en récitant S.LIV, V.45. La pluie, quant à elle, purifia les croyants de l'impureté mineure et majeure, consolida le sol sablonneux qui séparait les deux armées et apaisa les âmes. Al-Habab Ben Moundzer avait conseillé au Prophète ﷺ d'avancer vers la source la plus basse et de combler les puits adverses ; le Prophète ﷺ adopta cette stratégie.

V.12-14

Allah ordonna aux anges de frapper les nuques et les membres des incrédules. Dans la sourate Al Anfal, Al-Rabi' Ben Anas témoigne que les combattants distinguaient le jour de Badr ceux que les anges avaient abattus grâce aux marques de brûlures sur leurs cous et leurs jointures. Ibn Abbas rapporte qu'Allah inspira aux anges : «Je suis avec vous, affermissez ceux qui croient.» Abou Jahl fut la soixante-neuvième victime et 'Ouqba Ben Abi Mou'ait la soixante-dixième. Ce châtiment terrestre annonce le supplice du feu dans l'au-delà pour tous ceux qui ont choisi l'opposition à Allah et à Son Messager ﷺ.

V.15-16

La fermeté face à l'ennemi est une obligation que la sourate Al Anfal encadre avec précision. Deux exceptions légitimes à l'interdiction de la fuite sont posées : le repli tactique et le ralliement à un autre groupe. L'imam Ahmed rapporte qu'Abdullah Ben Omar faisait partie d'un régiment en déroute qui rentra à Médine et se présenta au Prophète ﷺ avant la prière de l'aurore. Celui-ci les appela non des fuyards mais des guerriers revenant à la charge, et récita le verset autorisant ce repli (rapporté par Ahmed, Abou Daoud, Tirmidzi et Ibn Maja d'après Abdullah Ben Omar). Toute autre forme de fuite figure parmi les sept grands péchés destructeurs que le Prophète ﷺ énumère : polythéisme, magie, meurtre injustifié, usure, dilapidation des biens d'un orphelin, fuite au combat et diffamation des femmes croyantes vertueuses (rapporté par Boukhari n°2766 et Muslim d'après Abou Hourayra).

V.17-18

Ce passage établit qu'Allah est l'auteur réel des actes qui précipitèrent la défaite des polythéistes. La sourate Al Anfal rapporte, d'après Ibn Abbas, que Gabriel ordonna au Prophète ﷺ de lancer une poignée de sable sur les rangs ennemis. Chaque polythéiste en reçut dans les yeux, les marines ou la bouche, et la débandade s'ensuivit immédiatement. Certains rapporteurs précisent que le Prophète ﷺ prononça : «Que les visages soient enlaidis.» Allah voulut par cette action éprouver les croyants au moyen d'une belle épreuve venue de Lui, démontrant qu'aucun nombre, petit ou grand, ne garantit la victoire en dehors de Sa volonté, comme Il l'affirme en S.II, V.249. C'est ainsi qu'Il ruina définitivement la ruse et la puissance des incrédules.

V.19

Ce verset s'adresse aux polythéistes qui avaient sollicité eux-mêmes l'arbitrage d'Allah. As-Souddy rapporte que les Qoraïchites, en quittant La Mecque, s'accrochèrent aux voiles de la Ka'ba et supplièrent Allah de donner la victoire aux meilleurs des deux partis et aux meilleures tribus. La sourate Al Anfal rapporte la réponse divine : Allah exauça leur prière en faveur de Muhammad ﷺ, celui qu'ils avaient eux-mêmes désigné. L'exhortation à cesser l'hostilité est assortie d'un avertissement ferme : si les incrédules reprennent le combat, Allah renouvellera leur défaite, car aucune armée aussi puissante soit-elle ne peut vaincre ceux qu'Allah soutient.

V.20-23

L'obéissance à Allah et à Son Envoyé ﷺ est une condition vitale. La sourate Al Anfal met en garde contre l'imitation de ceux qui disent écouter sans vraiment entendre : Ibn Jarir les identifie comme des idolâtres, Ibn Ishaq comme des hypocrites. Les pires créatures aux yeux d'Allah sont les sourds et muets qui refusent d'utiliser leur entendement. Allah les a créés pour L'adorer, mais ils s'y sont soustraits et sont devenus semblables aux bestiaux ou plus égarés encore. Si Allah avait reconnu quelque bien en eux, Il leur aurait ouvert les oreilles ; mais même s'Il leur faisait entendre Sa parole, ils se détourneraient dans leur obstination aveugle.

V.24

Ce verset convie les croyants à répondre à l'appel d'Allah et de Son Envoyé ﷺ quand ils les appellent à ce qui les fait vivre. La sourate Al Anfal rapporte le récit d'Abou Sa'id Al-Mou'alla qui priait dans la mosquée et n'avait pas répondu à l'appel du Prophète ﷺ. La prière terminée, il se présenta devant lui qui lui récita ce verset, puis lui promit de lui enseigner la plus grandiose sourate avant de quitter la mosquée. Il lui récita Al-Fatiha, la décrivant comme «la sourate qu'on répète toujours dans la prière» (rapporté par Boukhari d'après Abou Sa'id Al-Mou'alla).

As-Souddy précise que l'expression «ce qui vous fait vivre» désigne l'Islam qui fait revivre les cœurs que l'incrédulité avait comme éteints. L'enjeu de ce verset est éclairé par le hadith d'Anas Ben Malek : le Prophète ﷺ invoquait fréquemment Allah en disant «Ô Toi qui tournes les cœurs, affermis mon cœur sur Ta religion». Oum Salama rapporte une invocation similaire, et le Prophète ﷺ lui confirmait que tout cœur humain est entre deux doigts d'Allah qui le tourne comme Il veut, et que la demande de fermeté sur la religion est une nécessité permanente (rapporté par l'imam Ahmed d'après Oum Salama).

V.25

La sourate Al Anfal met en garde contre une épreuve collective qui dépasse les seuls coupables. Ibn Abbas en donne le sens le plus précis : Allah ordonne aux croyants de réprouver tout ce qui est blâmable, sinon le châtiment divin les atteint tous indistinctement. Moutraf rapporte qu'Az-Zoubayr lui dit avoir souvent récité ce verset avant les troubles civils, sans imaginer qu'il en serait lui-même un acteur. L'imam Ahmed rapporte, d'après Ouday Ben Oumayra, le hadith du Prophète ﷺ : «Allah ne châtie tous les hommes à cause des actes de quelques-uns que lorsqu'ils voient des choses blâmables se produire devant eux sans les réprouver alors qu'ils en sont capables» (rapporté par Ahmed d'après Ouday Ben Oumayra). Un hadith d'après Houdzaifa Ben Al-Yamane ajoute que l'abandon de l'ordre du bien et de l'interdiction du blâmable expose à un châtiment auquel plus aucune invocation ne répondrait (rapporté par Tirmidzi et Ahmed d'après Houdzaifa Ben Al-Yamane).

V.26

Allah rappelle aux croyants l'ampleur de Sa faveur sur eux. Ils étaient peu nombreux, contraints et craignaient d'être exterminés. Qatada décrit leur état d'avant l'Islam : la tribu la plus humiliée parmi les Arabes, dont les vivants passaient leur vie dans la misère et les morts allaient vers le Feu. La sourate Al Anfal met en lumière la transformation radicale opérée par Allah : Il les protégea, les fortifia et les pourvut de Ses bienfaits. Les premiers croyants de La Mecque connurent cette réalité avant d'émigrer à Médine où les Ansariens les accueillirent avec une générosité et une affection sans limites. L'injonction de gratitude envers le Seigneur qui aime les reconnaissants clôt ce passage.

V.27-28

Ce verset fut révélé à propos d'Abou Loubaba Ben Abdul Mundzer qui trahit involontairement la confiance du Prophète ﷺ lors des négociations avec Bani Qouraïdha, puis se lia lui-même à une colonne de la mosquée en signe de repentir pendant neuf jours. La sourate Al Anfal rapporte que seul le Prophète ﷺ le délia lorsqu'Allah accepta son repentir, et qu'Abou Loubaba fit vœu de consacrer un tiers de ses biens en aumône. L'histoire de Hateb Ben Balta'a est citée en complément : malgré sa trahison, le Prophète ﷺ le gracia en raison de sa participation à Badr. Ibn Abbas précise que la portée du verset dépasse les circonstances particulières et couvre tout péché véniel ou capital. Biens et enfants constituent une épreuve : Allah veut savoir si le croyant s'en sert pour Lui obéir ou si au contraire ils le détournent de Lui.

V.29

La crainte d'Allah ouvre au croyant une capacité de discernement entre le vrai et le faux. Dans la sourate Al Anfal, Ibn Kathir précise que ce discernement ne s'obtient que par la soumission aux ordres divins et l'abandon de tout ce qu'Il a interdit. Allah absout les péchés dans l'au-delà et les dissimule dans la vie présente, offrant ainsi une issue vers le bonheur éternel. Cette promesse rejoint S.LVII, V.28 qui promet deux parts de miséricorde, une lumière et le pardon à ceux qui craignent Allah et se soumettent à Son Prophète ﷺ.

V.30

Les notables qoraïchites tinrent conseil à Dar-An-Nadwa pour régler le «problème» du Prophète ﷺ. Le démon, sous les traits d'un vieillard de Najd, s'y glissa et écarta l'emprisonnement et l'exil. La proposition d'Abou Jahl fut retenue : un jeune homme de chaque tribu frapperait simultanément le Prophète ﷺ. Dans la sourate Al Anfal, Ibn Abbas rapporte que Gabriel avertit le Prophète ﷺ de ce complot et lui ordonna de ne pas dormir à son endroit habituel. Ali Ben Abi Taleb prit sa place dans le lit. Le Prophète ﷺ traversa les rangs des guetteurs en leur jetant une poignée de sable, récitant S.XXXVI, V.1-9. Ibn Hibban et Al-Hakem rapportent que Fatima vint en pleurant avertir son père que les chefs qoraïchites avaient juré de le tuer, et qu'il quitta sa maison après ses ablutions, les laissant incapables de le voir.

V.31-33

Les polythéistes déclaraient dans leur arrogance que le Coran n'était que des légendes des Anciens et qu'ils pourraient en produire d'équivalents. An-Nadar Ben Al-Hareth incarne cette attitude : revenu de Perse avec des récits de leurs rois, il prenait la place du Prophète ﷺ après chaque assemblée pour les raconter en demandant : «Qui est le meilleur rapporteur, lui ou moi ?» La sourate Al Anfal rapporte qu'il fut capturé à Badr et exécuté sur ordre du Prophète ﷺ. Allah précise qu'Il ne châtia pas les Qoraïchites tant que le Prophète ﷺ vivait parmi eux et tant que certains d'entre eux imploraient le pardon. Abou Jahl, lui, alla jusqu'à demander une pluie de pierres ou un châtiment terrible, alors qu'il aurait dû demander d'être guidé vers la vérité.

V.34-35

Ces polythéistes méritaient le châtiment pour avoir écarté les croyants de la Maison Sacrée dont ils n'étaient pas les gardiens légitimes. La sourate Al Anfal rappelle que les vrais gardiens de la Mosquée Sacrée sont ceux qui craignent Allah, comme Il l'établit en S.IX, V.17-18 et S.II, V.217. Al-Hafedh Ben Mardaweih rapporte que lorsqu'on demanda au Prophète ﷺ qui étaient ses amis, il répondit : «Ceux qui craignent Allah» et récita ce verset. Quant au comportement des polythéistes dans le Temple, ils y sifflaient et battaient des mains, tournaient nus autour de la Ka'ba selon Ibn Abbas, ou cherchaient à perturber la prière du Prophète ﷺ selon Ibn Omar.

V.36-37

Les richesses dépensées par les incrédules pour détourner les hommes de la voie d'Allah se transformeront en regret et ils perdront finalement la partie. La sourate Al Anfal rapporte que ce verset fut révélé lorsqu'Abou Soufian, Ikrima Ben Abou Jahl et Safwan Ben Oumaya collectèrent les biens de la caravane rescapée pour financer la revanche après Badr. Ad-Dahak précise que la portée du verset est universelle : quiconque dépense ses richesses pour éteindre la vérité les gaspille et en pleurera. Allah distinguera les mauvais des bons, les entassera les uns sur les autres et les précipite tous ensemble dans la Géhenne.

V.38-40

Allah invite Son Prophète ﷺ à annoncer aux incrédules que leur conversion efface tout leur passé. La sourate Al Anfal cite deux hadiths authentifiés à ce sujet : «Quiconque devient un bon musulman ne sera plus interrogé sur ce qu'il a fait dans le temps de l'ignorance» et «L'Islam abroge toutes les religions précédentes, et le repentir efface tous les péchés commis». Le combat se poursuit jusqu'à l'extinction de la fitna et l'établissement de la religion d'Allah. Si les ennemis désarment, ils ne seront plus combattus, Allah voyant tout. Ibn Omar rappelle, d'après Boukhari, que cet ordre s'appliqua pleinement du temps du Prophète ﷺ et que la tentation cessa lorsque l'Islam se fortifia.

V.41

La règle du cinquième constitue l'une des faveurs spécifiques accordées à la communauté de Muhammad ﷺ que la sourate Al Anfal explicite. Ibn Kathir rappelle que le butin était interdit aux nations précédentes et rappelé licite pour cette communauté par le hadith de Jabir Ben Abdillah : cinq faveurs furent accordées au Prophète ﷺ qu'aucun autre n'avait reçues, dont la licéité du butin de guerre (rapporté par Boukhari n°335 et Muslim d'après Jabir Ben Abdillah). Le cinquième revient à Allah, à Son Envoyé ﷺ, à ses proches, aux orphelins, aux pauvres et aux voyageurs. Ibn Abbas précise que la part d'Allah et de Son Envoyé ﷺ formait un seul cinquième de l'ensemble du butin. Le «Jour du Discernement» est le jour de Badr, un vendredi le 17 Ramadan, premier combat auquel le Prophète ﷺ participa en personne.

V.42

Les positions géographiques des deux armées à Badr sont décrites avec précision : muslums sur le versant proche de Médine, polythéistes sur le versant éloigné vers La Mecque, caravane en contrebas du côté du littoral. La sourate Al Anfal souligne que si les deux camps s'étaient fixé un rendez-vous, ils n'auraient pu s'entendre sur les conditions du combat, Ibn Ishaq précisant que le nombre des combattants n'était pas équivalent. Mais Allah réunit les deux partis sans préparation concertée afin d'exécuter un décret déjà arrêté et de distinguer définitivement le vrai du faux, ne laissant aucun argument à quiconque après les événements.

V.43-44

Allah fit voir au Prophète ﷺ en songe les ennemis peu nombreux, information qu'il transmit aux croyants pour affermir leurs cœurs. La sourate Al Anfal précise que si Allah les lui avait montrés nombreux, la discorde se serait installée dans les rangs des croyants. Ibn Mass'oud rapporte que les polythéistes lui apparurent si peu nombreux qu'il dit à son voisin : «Crois-tu que leur nombre dépasse les 70 ?» Le prisonnier capturé ensuite révéla qu'ils étaient mille combattants. Lors de la rencontre, chaque camp parut peu nombreux aux yeux de l'autre, afin que chacun engage le combat avec confiance, avant qu'Allah ne renforce les croyants par les anges et retourne la situation.

V.45-46

Ces deux versets posent les règles divines du combat. La sourate Al Anfal ordonne la fermeté, l'invocation abondante d'Allah, l'obéissance, l'unité et la patience. Le Prophète ﷺ a dit dans un hadith des deux Sahihs : «Hommes, ne souhaitez pas la rencontre de l'ennemi, demandez plutôt à Allah le salut. Mais lorsque vous rencontrez l'ennemi, soyez patients et sachez que le Paradis est à l'ombre de l'épée» ; puis il invoqua : «Mon Dieu, Toi qui as révélé le Livre, qui fais circuler les nuages, qui mets les factions en déroute, combats-les et donne-nous la victoire sur eux» (rapporté par Boukhari et Muslim d'après Abdullah Ben Abi Awfa). La discorde dans les rangs provoquerait l'effondrement collectif et la disparition du courage.

V.47-49

L'ordre est donné de ne pas ressembler aux polythéistes qui quittèrent La Mecque avec ostentation et arrogance pour être vus des hommes. La sourate Al Anfal rapporte les propos d'Abou Jahl : ils séjourneraient trois jours à Badr pour y boire, manger et exhiber leur puissance aux yeux des Arabes. Satan embellit leurs actes à leurs yeux et leur assura sa protection sous la forme de Souraqa Ben Malek. Mais à la vue de Gabriel arrivant avec les anges, il se dégagea et prit la fuite, déclarant : «Je vois ce que vous ne voyez pas, je crains Allah.» Ibn Abbas précise que cette attitude est illustrée par S.LIX, V.16 et S.XIV, V.22 sur les promesses trompeuses de Satan. Les hypocrites, à la vue du petit nombre des croyants, déclarèrent : «Leur religion les a aveuglés», mais ceux qui se confient à Allah savent qu'Il est puissant et sage.

V.50-52

La mort des incrédules sous les coups des anges est décrite de manière saisissante. Ibn Abbas rapporte dans la sourate Al Anfal que les anges frappaient les visages des polythéistes en face et leurs dos en fuite. Al-Bara' rapporte le hadith du Prophète ﷺ sur la mort de l'impie : l'ange de la mort lui apparaît sous sa forme la plus effrayante et lui ordonne de sortir «à un souffle brûlant, à une eau bouillante et à une ombre de fumée chaude». Son âme est arrachée du corps comme une tige en fer sortant d'une masse de laine mouillée, les nerfs et les veines en sortant avec elle. Allah affirme qu'Il n'opprime jamais Ses serviteurs : «Ô Mes serviteurs, Je Me suis interdit l'injustice et Je vous l'interdis» (rapporté par Muslim, Nassaï et Ibn Maja d'après Abou Dharr Al-Ghifari).

V.53-54

La loi divine immuable est que les grâces accordées à un peuple ne lui sont retirées que lorsqu'il a lui-même modifié ce qu'il avait en lui. La sourate Al Anfal place les Qoraïchites dans la continuité de cette loi qui s'appliqua au peuple de Pharaon : ils bénéficiaient de jardins, de sources et de délices, puis furent engloutis dans les eaux. Ils n'ont pas lésé Allah, ils se sont nui à eux-mêmes. Cette même loi explique pourquoi Allah ne retarda pas le châtiment des polythéistes de La Mecque une fois que le Prophète ﷺ les eut quittés.

V.55-57

Les pires créatures aux yeux d'Allah sont les incrédules qui trahissent systématiquement tout engagement. Dans la sourate Al Anfal, Ibn Kathir les décrit comme des gens qui confirment leurs pactes par serment puis les violent aussitôt, sans aucune crainte d'Allah dans leurs actes. L'ordre est donné : si le Prophète ﷺ les capture au combat, leur châtiment doit servir d'exemple à ceux qui se trouvent derrière eux, pour que les autres réfléchissent avant de se rebeller.

V.58

Face à ceux qui préparent une trahison, la règle posée dans la sourate Al Anfal est la suivante : le Prophète ﷺ doit signifier ouvertement la rupture du pacte pour que chaque partie soit sur un pied d'égalité. Salem Ben Amer rapporte que Mou'awiah, sur le territoire des Byzantins dont le traité allait expirer, voulut les attaquer par surprise avant l'échéance. Un vieillard l'interpella en citant le hadith du Prophète ﷺ : «Celui qu'un pacte lie à des gens ne doit ni le dénouer ni le presser avant son terme, ou le rejeter pour pouvoir rendre la pareille» (rapporté par Ahmed, Abou Daoud, Tirmidzi, Nassaï et Ibn Hibban d'après 'Amr Ben 'Anboussa). Mou'awiya rebroussa chemin. Allah n'aime pas les félons, qu'il s'agisse de croyants ou d'incrédules.

V.59-60

Les incrédules ne pourront jamais mettre Allah en échec. À cette certitude, la sourate Al Anfal associe l'ordre de se préparer au combat selon toutes les capacités disponibles. Oqba Ben Amer entendit le Prophète ﷺ déclarer depuis sa chaire : «La force est dans le tir ! La force est dans le tir !» L'imam Ahmed rapporte également le hadith : «Tirez et montez, bien tirer vaut mieux que de monter». Le hadith d'Abou Hourayra sur les trois catégories de chevaux est exposé en détail : le cheval consacré au jihad accumule des récompenses à chaque pas, chaque brin d'herbe et chaque gorgée d'eau (rapporté par Boukhari, Muslim et Malek d'après Abou Hourayra). Toute dépense consentie pour Allah sera intégralement rétribuée, sans que le croyant subisse le moindre préjudice.

V.61-63

Si les ennemis proposent la paix, le Prophète ﷺ doit l'accepter en se confiant à Allah. La sourate Al Anfal rappelle l'exemple de la trêve d'Al-Houdaybya : les polythéistes demandèrent une cessation des hostilités pour neuf ans et le Prophète ﷺ accepta. Ibn Abbas et Moujahed considèrent ce verset abrogé par S.IX, V.29, mais Ibn Kathir réfute cette position : l'ordre de combattre admet la trêve en cas de nécessité, comme l'a pratiqué le Prophète ﷺ lui-même. L'union des cœurs qu'Allah réalisa entre les Aws et les Khazraj était impossible à obtenir par toutes les richesses du monde. Ibn Abbas dit : «Le lien du sang peut se rompre et les bienfaits être méconnus, mais lorsqu'Allah unit les cœurs, aucune force ne peut les désunir.» Le Prophète ﷺ rappela aux Ansariens lors de Hounaïn : «Ne vous ai-je pas trouvés égarés et Allah ne vous a-t-Il pas guidés grâce à moi ?» (rapporté par Boukhari et Muslim d'après Anas Ben Malek).

V.64-66

Allah et les croyants qui Le suivent suffisent au Prophète ﷺ. Avant l'engagement à Badr, celui-ci encouragea ses compagnons en leur promettant un Paradis large comme les cieux et la terre. La sourate Al Anfal rapporte qu'Oumayr Ben Al-Hamam s'exclama : «Comme c'est merveilleux !», reçut la confirmation du Prophète ﷺ qu'il en serait, brisa le fourreau de son sabre, jeta ses dattes et se lança dans la mêlée jusqu'à tomber en martyr. Le verset annonce que vingt croyants fermes vainquent deux cents incrédules car ces derniers sont un peuple dépourvu de compréhension profonde. Cette règle fut ensuite assouplie : mille croyants fermes contre deux mille incrédules, Allah reconnaissant la faiblesse humaine.

V.67-69

Ce passage concerne les prisonniers de Badr. La sourate Al Anfal rapporte la consultation du Prophète ﷺ avec ses compagnons : Abou Bakr plaida pour la rançon en comparant le Prophète ﷺ à Abraham et à Jésus dans leur clémence, Omar plaida pour l'exécution en le comparant à Moïse dans sa rigueur, Abdullah Ben Rawaha proposa le feu. Le Prophète ﷺ choisit la rançon et Allah révéla ce verset de blâme, immédiatement suivi de la permission du verset 69. La rançon de chaque prisonnier fut fixée à 400 dirhams selon Ibn Abbas (rapporté par Abou Daoud d'après Ibn Abbas). Le hadith des cinq faveurs est rappelé dans ce contexte : le Prophète ﷺ reçut en particulier la licéité du butin de guerre (rapporté par Boukhari n°335 et Muslim d'après Jabir Ben Abdillah).

V.70-71

Le Prophète ﷺ reçut l'ordre de dire aux prisonniers qu'Allah leur accorderait davantage que ce qui leur avait été pris si leur cœur portait quelque bien. La sourate Al Anfal rapporte qu'Al-Abbas déclara plus tard que les vingt onces d'or confisquées sur lui lui furent rendues au centuple sous la forme de vingt esclaves pratiquant le commerce pour son compte, ajoutant : «Tout ce que je demande est le pardon d'Allah.» Qatada rapporte qu'Al-Abbas prit deux mains pleines d'une somme de 80.000 dinars que le Prophète ﷺ distribuait, disant : «Ceci est bien meilleur que ce qu'on m'a enlevé.» Pour les captifs qui méditeraient de trahir, Allah rappelle qu'ils ont déjà trahi avant Badr en reniant la foi, et qu'Il les a mis entre les mains des croyants.

V.72-75

Ces versets établissent les liens de solidarité entre Mouhagériens, Ansariens et croyants ultérieurs. Les deux premières catégories sont amies les unes des autres en raison de leurs sacrifices communs pour Allah et Son Envoyé ﷺ. La sourate Al Anfal cite le hadith d'Ibn Abbas : «Les Mouhagériens et les Ansariens sont amis les uns des autres, ainsi que les hommes libres de Qoraïch et les affranchis de Thaqif, jusqu'au jour de la résurrection» (rapporté par Ahmed et Al-Hafedh Ben You'la d'après Ibn Abbas). Les croyants qui n'ont pas émigré n'ont aucune part au butin tant qu'ils n'ont pas combattu, mais reçoivent le secours de leurs frères si leur religion est menacée, sauf si cela implique de violer un pacte conclu avec un peuple incrédule. Le lien du sang prime sur tous les autres dans les questions d'héritage, abrogeant selon Ibn Abbas, Moujahed et Ikrima la coutume d'hériter par alliance ou fraternité établie au début de l'Islam.

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