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Dans quel ordre apprendre le coran ?
Léo
12/18/202511 min temps de lecture
L'ordre d'apprentissage du Coran selon les objectifs
La mémorisation complète du Coran (Hifz)
Commencer par la fin
Si votre objectif est d'apprendre le Coran en entier, la méthode la plus répandue consiste à commencer par la 30e et dernière partie (Juz’ Amma), qui contient les courtes sourates (de An-Naba 78 à An-Nâs 114).
D’autres approches existent : certains enseignants préconisent de commencer directement par le début du Coran (Al-Fâtiha puis Al-Baqara), surtout pour les apprenants plus âgés, afin de suivre l’ordre officiel du texte.
Commencer par le début
À l’inverse, suivre l’ordre de publication (dès la sourate Al-Baqara) garantit de maintenir la structure originelle du Coran. Cette linéarité aide certains à contextualiser leur mémorisation et est souvent exigée dans les concours officiels. En effet, lorsqu’on mémorise en désordre, on doit ensuite réordonner mentalement les sourates ; en mémorisant dans l’ordre, le récit coranique se grave dans la mémoire dans sa séquence authentique.
Révision et maintien
Quel que soit l’ordre choisi, la clé de la réussite en hifz est la révision régulière. Il faut accorder autant (voire plus) de temps à réviser ce que vous avez déjà appris.
Astuce efficace : consolider la dernière sourate apprise en la révisant tous les jours jusqu’à ce que la suivante soit apprise.
Tashil recommande un apprentissage par la fin, car pour les enfants, les débutants, les convertis ou les non-arabophones, cet apprentissage “par la fin” est très courant. Les sourates y sont courtes, souvent rythmées et répétitives, ce qui facilite la mémorisation pour un débutant. C’est aussi motivant : l’élève mémorise vite des sourates complètes, ce qui lui donne un sentiment d’accomplissement. Une étude sur les méthodes indonésiennes de Hifz confirme que commencer par le dernier juz’ rend la tâche plus aisée, les versets courts étant « plus accessibles à mémoriser » pour les élèves.
L'ordre d'apprentissage du Coran selon ses thèmes
Ici, l’apprenant ne cherche pas à mémoriser tout le texte, mais à étudier le Coran par grands thèmes (justice, foi, éthique, législation, etc.). Deux approches principales se dessinent :
Par thèmes transversaux : L’étudiant sélectionne un thème et rassemble tous les versets ou passages du Coran qui y sont liés, pour les étudier ensemble.
Par sourates “thématiques” : Une autre méthode consiste à étudier en profondeur certaines sourates réputées pour leur axe thématique fort.
L’étude thématique permet de mieux comprendre les enseignements du Coran sur un sujet donné en rassemblant toutes les pièces du puzzle, on évite ainsi de morceler le savoir. Cette approche est prisée dans les cercles d’exégèse moderne, et s’adresse surtout à un public ayant déjà une vue d’ensemble du Coran et souhaitant approfondir ses conceptions transversales.
Apprendre le Coran par sa compréhension linguistique
Lorsque l’objectif est d’apprendre la langue arabe à travers le Coran, l’ordre d’apprentissage privilégie la difficulté linguistique progressive. Le Coran est en arabe littéraire classique, avec un vocabulaire et une grammaire riches. Plusieurs stratégies existent pour ne pas décourager le linguiste débutant :
Commencer par les sourates simples en vocabulaire et structure
Étudier ensuite des passages narratifs ou des sourates à histoire
Progression par longueur croissante
L’apprentissage linguistique requiert de maîtriser d’abord le vocabulaire fréquent et les structures de phrase typiques. Or, environ 70% des mots du Coran sont répétés à travers tout le texte – il est logique de commencer par des sourates où ces mots se trouvent abondamment (par exemple Ar-Rahmân 55 ou Al-Mulk 67 qui réitèrent certaines expressions). Cependant, beaucoup d’enseignants préfèrent ne pas trop “disséquer” le Coran par mots fréquents, afin de ne pas perdre la cohésion du texte.
L'ordre d'apprentissage du Coran selon les méthodes pédagogiques
Il existe de par le monde musulman des traditions pédagogiques différentes pour enseigner le Coran. Ces méthodes, souvent héritées culturellement, influent sur l’ordre d’apprentissage et sur les techniques utilisées.
Apprendre selon la méthode égyptienne
L’Égypte a développé une méthode d’apprentissage du Coran souvent considérée comme le modèle classique qui allie progression pédagogique graduelle et respect de la tradition.
Comme évoqué précédemment, le cursus égyptien commence généralement par Al-Fâtiha, puis les sourates du dernier juz’. L'apprenant progresse pas à pas : d’abord quelques versets par jour, puis une demi-page, puis une page entière lorsque ses capacités grandissent. Chaque élève avance à son rythme, le professeur adaptant le programme en fonction de ses capacités. Une fois le 30e juz’ mémorisé, on introduit le début du Coran (Juz’ 1) afin de l’habituer aux longues sourates. Ensuite, l’apprentissage alterne souvent entre l’avancée dans les premiers juz’ et l’achèvement des derniers juz’. En pratique, beaucoup d’écoles finissent par faire mémoriser tout le Coran dans l’ordre canonique, même si le démarrage ne s’est pas fait de manière linéaire.
La méthode Indo-Pakistanaise
Dans le sous-continent indien (Pakistan, Inde, Bangladesh) à majorité musulmane, une tradition spécifique d’enseignement coranique s’est développée, notamment à travers les madrassas de l’école de Deoband (fondée en 1867 en Inde) et autres institutions. La méthode indo-pakistanaise s’est diffusée également dans les diasporas sud-asiatiques (Royaume-Uni, Afrique du Sud…). Elle se caractérise par une structuration rigoureuse du Hifz, un accent sur la discipline et l’endurance, ainsi qu’une écriture script différente (calligraphie nasta’lîq) dans les mushafs utilisés.
Traditionnellement, l'apprenant indo-pakistanais passe par deux étapes : d’abord la lecture complète du Coran (nazirah), puis la mémorisation (hifz). Lorsqu’il entame le Hifz, l’ordre suivi dépend des madrasas : souvent l’apprentissage est linéaire dès le début du Coran, c’est-à-dire qu’une fois l’élève sachant bien lire, on le fait mémoriser Al-Baqara, Âl-‘Imrân… dans l’ordre, jusqu’à An-Nâs. Cette approche “de front” est prisée notamment dans les cursus accélérés (certains enfants, en internat, mémorisent tout en 1-2 ans). Cependant, il n’est pas rare que les instituteurs fassent apprendre au moins Juz’ Amma en premier, même dans ces régions, pour les mêmes raisons de facilité et d’usage en prière. Une formule courante consiste à faire mémoriser Juz’ 30, puis Juz’ 1 jusqu’à Juz’ 29 dans l’ordre. Autrement dit, mis à part le 30e qu’on anticipe, on respecte l’ordre du muṣḥaf pour tout le reste. Cela coïncide en partie avec la méthode égyptienne mentionnée plus haut.
La méthode maghrébine
La région du Maghreb possède une longue tradition d’enseignement coranique remontant aux premiers siècles de l’islam. La méthode dite « marocaine » (largement partagée en Afrique du Nord et de l’Ouest) se distingue notamment par l’utilisation de l’écriture comme outil mémoriel et par la lecture selon la variante de récitation Warsh ‘an Nâfi’ (qui est la qirâ’a traditionnelle maghrébine). Cette méthode est souvent associée aux kuttabs traditionnels et aux mosquées, et a perduré à travers les siècles.
Dans le contenu à mémoriser, elle ne diffère pas fondamentalement des autres : les apprenants commencent aussi par Juz’ Amma en général. On retrouve la progression du plus facile au plus difficile. Cependant, historiquement au Maroc, il existait de légères variations régionales : par exemple, chez les Jbala du Nord-Maroc, on insiste sur l’apprentissage des courtes sourates en préscolaire avant de passer aux longues, de même que dans le sud saharien mauritanien on apprend d’abord Juz’30 puis on remonte le Coran. Globalement, on peut dire qu’un élève maghrébin traditionnel apprend progressivement du Juz’ 30 vers le Juz’ 1, en passant par tous les hizbs. Souvent, l’apprentissage se fait hizb par hizb (1/2 juz’ soit une soixantaine de versets) plutôt que sourate par sourate, car le Coran édité localement est structuré en 60 hizbs de longueur à peu près égale. On parlera ainsi de “apprendre le premier hizb” (du début de Al-Baqara), puis le second, etc., jusqu’au 60ᵉ (fin de An-Nâs). Cette notion de hizb (et quart de hizb) rythme la progression, parfois plus que la notion de sourate.
Les méthodes contemporaines
À l’ère du numérique et de la pédagogie moderne, de nouvelles méthodes émergent pour apprendre le Coran – souvent en complément des méthodes classiques. Il ne s’agit pas d’une “école” unifiée, mais d’un ensemble d’outils technologiques et de plans pédagogiques récents visant à faciliter et optimiser la mémorisation ou l’étude. Ces méthodes mettent l’apprenant au centre, lui offrant différents avantages selon l'option choisie :
Progressivité personnalisée : L’apprenant peut entrer ses objectifs (par ex. mémoriser tel juz’ en 6 mois) et l’outil va générer un plan journalier découpé sur mesure. Par exemple, l’application Quranly permet de fixer des objectifs quotidiens de mémorisation ou de lecture (nombre de versets par jour), et adapte le plan en fonction du rythme de l’utilisateur.
Suivi et motivation : Ces méthodes intègrent généralement des tableaux de bord de progrès (combien de versets su mémoriser, combien de révisions effectuées cette semaine, etc.).
Techniques de mémorisation modernes : Beaucoup utilisent le principe de la répétition espacée (SRS) popularisé par les flashcards : un verset fraîchement appris sera à réviser 1 jour après, puis 3 jours après, puis 10 jours après, etc. Cela s’inspire des découvertes scientifiques sur la courbe de l’oubli.
Ressources multimédias : Les outils en ligne proposent quasi systématiquement l’audio des versets (voix de qâri’ choisissable) pour écouter et répéter, parfois du surlignage karaoké au fur et à mesure que le verset est lu. Des quiz vérifient la bonne mémorisation (par ex. remettre des versets dans l’ordre, trous à combler). On trouve aussi des outils d’aide comme la traduction mot-à-mot pour comprendre pendant qu’on mémorise, ou des illustrations pour associer une image à un verset difficile.
Ordre d’apprentissage proposé : Ces méthodes sont très flexibles. L’apprenant peut choisir un ordre classique (commencer par Juz’ Amma, puis 29, etc.) ou tout autre ordre qui lui convient.
La méthode Tashil
Tashil propose d'apprendre le Coran au format fiches plutôt que livre. Ainsi, l'apprentissage du Coran se fait pendant la prière, en toute autonomie et sans frustration. Comme pour les autres méthodes contemporaines, cet outil est fourni avec un suivi de progression et des ressources libres pour renforcer l'apprentissage.
Influence des écoles juridiques
Les quatre grandes écoles juridiques sunnites – Hanafite, Malikite, Shafi‘ite et Hanbalite – ont chacune prospéré dans différentes régions, ce qui a pu influencer indirectement les traditions d’enseignement du Coran. Cependant, il faut souligner que le fiqh (jurisprudence) de ces écoles ne prescrit pas de méthode particulière pour mémoriser le Coran. L’ordre ou la pédagogie de l’apprentissage coranique relèvent plutôt de la culture éducative et de l’institution locale que de considérations juridiques. Par conséquent, l’impact des madhâhib sur l’ordre d’apprentissage du Coran est généralement mineur et indirect.
École Hanafite
L’école hanafite, historiquement ancrée en Asie centrale, en Inde-Océanie et dans l’Empire Ottoman, a développé de solides réseaux d’enseignement (madrasas). De ce fait, beaucoup de méthodes d’apprentissage en usage en Asie du Sud et Ottomane sont associées au milieu hanafite, non pas par doctrine mais par héritage.
Par exemple, la méthode indo-pakistanaise décrite plus haut s’est propagée via les madrasas Deobandi, lesquelles suivent le fiqh hanafite. Toutefois, rien dans la doctrine d’Abu Hanifa n’impose un ordre de mémorisation : c’est la tradition régionale qui a fixé l’ordre (souvent linéaire ou Juz’30 puis linéaire). On pourrait noter que les Hanafites attachant historiquement une grande importance à la récitation correcte en prière, ils encourageaient vivement l’apprentissage du Coran dès le plus jeune âge – d’où l’émergence de ces réseaux de huffâz dans les sociétés hanafites. De plus, dans l’Empire Ottoman, le titre honorifique de “Hâfız” était valorisé, ce qui a incité à des méthodes efficaces. Ainsi, la discipline hanafite a pu contribuer à la rigueur de la méthode d’Asie du Sud, sans toutefois en déterminer le contenu précis.
École Malikite
Le malikisme est prédominant au Maghreb et en Afrique de l’Ouest. De manière similaire, ce n’est pas l’école de droit en elle-même qui dicte l’apprentissage, mais la culture qui l’entoure. On constate que dans les régions malikites, la méthode dite maghrébine s’est implantée. Ce n’est pas un hasard : les anciens qurrâ’ (récitateurs) d’al-Andalus et du Maghreb étaient malékites et ont transmis leur manière d’enseigner de génération en génération. L’usage de la lecture Warsh par exemple est une caractéristique corrélée au malikisme (car c’était la qirâ’a adoptée par l’imam Mâlik à Médine), mais cela n’affecte pas l’ordre des sourates apprises, seulement la prononciation.
Un élève dans une zaouia au Sénégal (malikite) ou à Kairouan au Moyen-Âge apprenait son Coran sur tablette, comme décrit plus haut. Est-ce dû au madhhab ? Indirectement oui, car l’école malékite accorde une place centrale au Coran dans l’éducation (Imam Mâlik refusait d’enseigner autre chose à un enfant avant qu’il ne connaisse bien le Coran). Mais concrètement, l’ordre suivi restait Juz’ Amma vers l’avant, qui est un ordre universel plus que malikite. On peut mentionner que la vénération du Muṣḥaf de ‘Uthmân à Kairouan a possiblement inspiré le fait de respecter l’ordre ‘uthmanien dans l’apprentissage. Mais là encore, c’est plus une question de piété générale que de divergence d’école.
École Shafi‘ite
L’école shaféite, implantée en Égypte, en Syrie, au Yémen, en Asie du Sud-Est, n’a pas non plus de directives propres quant à l’ordre de mémorisation. Dans les terres shafi’ites du Yémen ou d’Indonésie, on a vu des méthodes un peu différentes émerger. Par exemple, en Indonésie (île de Java), la méthode dite Cirebon fait apprendre du Juz’ 30 vers le 1r, ce qui est en phase avec l’approche traditionnelle égyptienne – sans surprise car l’Islam javanais a été transmis en partie par des érudits venant du Hadramaout (Yémen) et d’Égypte, de rite shafi’i. En Asie du Sud-Est, les pondok et pesantren (écoles religieuses) shafi’ites ont mixé influences indiennes et locales, mais l’usage courant est aussi Juz’ Amma en premier. Rien dans l’école shafi’i (qui est plus portée sur les hadiths) ne touche à cela.
On peut noter qu’en Asie du Sud-Est shafi’ite, la mémorisation du Coran n’était historiquement pas aussi systématique que chez les Indo-Pak hanafites. L’accent était plus sur le fiqh Shafi’i et la récitation correcte du Coran que sur sa mémorisation intégrale, sauf pour une élite. De nos jours cela évolue, avec l’influence du Moyen-Orient, beaucoup de Malaisiens ou Indonésiens mémorisent le Coran et participent aux concours internationaux. Ils adoptent souvent les méthodes “internationales” (inspirées d’Égypte et d’Inde) plutôt qu’une méthode spécifiquement shafi’ite.
École Hanbalite
L’école hanbalite est surtout associée à la péninsule Arabique (notamment l’Arabie Saoudite moderne). Les hanbalites sont connus pour leur attachement au Coran et à la sunna, et en Arabie Saoudite la mémorisation du Coran est très encouragée (concours du Roi Abdelaziz, etc.). Méthodologiquement, l’enseignement saoudien du Coran s’inspire beaucoup de la méthode égyptienne – ce n’est pas surprenant car le 20e siècle a vu de nombreux égyptiens (qurrâ’ et enseignants) venir en Arabie, et les mushafs d’impression saoudienne suivent la pagination égyptienne standard.
Ainsi, dans les écoles coraniques saoudiennes (hanbalites par le fiqh enseigné), on commence souvent par Juz’ Amma dans l’enfance, on insiste sur le tajwîd (via les règles de Nooraniyyah empruntées aux Indo-Pak en fait), puis on mémorise progressivement le reste du Coran. On peut signaler une pratique dans certaines écoles : faire mémoriser quelques sourates choisies très tôt (par exemple Al-Fâtiha, Al-Kahf, Yâ-Sîn, Al-Mulk, Al-Wâqi‘a) parce qu’elles sont récitées régulièrement ou réputées méritoires selon des hadiths. Ce choix reflète plus une culture hanbalite attachée à certains hadiths sur ces sourates qu’une règle de fiqh. Mais tôt ou tard, l'apprenant en viendra à apprendre l’intégralité, et là encore dans l’ordre usuel (soit du début, soit en commençant par la fin – les deux se pratiquent). Les universités comme Dar al-Qur’an à La Mecque ou l’Université Islamique de Médine (plutôt salafistes/hanbalites) accueillent des étudiants de tous pays qui ont mémorisé avec diverses méthodes, puis les affinent sur place.
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