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Exégèse de la sourate Al Baqara
V.101
Ibn Kathir explique que la sourate Al Baqara décrit ici l'attitude des gens du Livre lorsque l'Envoyé d'Allah vint confirmer leurs propres Écritures: nombreux parmi les savants juifs tournèrent le dos au Livre d'Allah comme des ignorants. Al-Souddy précise que quand Muhammad fut envoyé, les juifs s'opposèrent à lui en se basant sur leur propre Livre. Mais comme le Coran confirmait la Torah, ils abandonnèrent la Torah pour adopter le livre d'Assaf et la magie de Harout et Marout. Ibn Abbas rapporte qu'Assaf était le scribe de Salomon et connaissait le nom sublime d'Allah — les démons récupérèrent ses écrits après sa mort et y insérèrent de la magie entre les lignes, affirmant que c'est ce savoir qui donnait à Salomon son pouvoir sur les hommes et les djinns.
V.102
Dans ce verset capital de la sourate Al Baqara, Ibn Kathir réfute l'accusation portée contre Salomon d'être un magicien. Ibn Kathir précise qu'Allah innocente Salomon: «Salomon n'était pas incrédule, mais les démons étaient incrédules, ils enseignaient la magie aux hommes.» Deux hommes nommés Harout et Marout étaient à Bable. Al-Qourtoubi précise que la conjonction «mâ» dans le verset a valeur de négation: Allah n'a jamais révélé la magie aux deux anges — c'est une erreur des juifs qui prétendaient que Gabriel et Michel l'avaient apportée. Ibn Jarir confirme cette lecture: les démons enseignaient la magie à Bable à travers Harout et Marout. Ibn Kathir note que tout savant qui apprend la magie a commis un acte de mécréance, en s'appuyant sur le hadith rapporté par Al-Bazzar : «Celui qui consulte un devin ou un magicien et le croit, aura mécru à ce qui a été révélé à Muhammad.» Un autre hadith rapporté par Mouslim décrit Iblis rapprochant de lui l'agent de la séparation conjugale: «Tu es mon favori.» Ibn Kathir conclut que la séparation entre époux par la magie constitue l'œuvre la plus détestée du démon, et que nul ne peut nuire à quiconque sans la permission d'Allah.
V.103
La sourate Al Baqara rappelle que si les fils d'Israël avaient cru et craint Allah, ils auraient obtenu une récompense bien meilleure que tout ce qu'ils cherchaient dans la magie. Ibn Kathir oppose ici le chemin de la foi — qui apporte une récompense auprès d'Allah — à celui de la magie, qui prive son adepte de tout bien dans la vie future.
V.104-105
Ibn Kathir explique que la sourate Al Baqara interdit aux croyants d'imiter les incrédules en actes et en paroles. Les juifs employaient le mot «râ'ina» («prête-nous ton attention») qui, dans leur langue, signifiait aussi «imbécile», pour railler le Prophète subtilement. Allah ordonna aux croyants d'employer «unzurna» («regarde-nous») à la place, sans équivoque possible. Al-Souddy rapporte que Rifa'a ben Zayd des Banou Qarnouqa' utilisait cette tournure ambiguë à dessein. Ibn Kathir ajoute que le V.105 révèle l'animosité des gens du Livre et des polythéistes, qui ne souhaitaient aucun bien aux musulmans et s'opposaient à toute faveur divine accordée par Allah à Ses serviteurs croyants.
V.106-107
Ibn Kathir aborde dans la sourate Al Baqara le principe de l'abrogation coranique. Ibn Abbas déclare qu'«Allah n'abroge ou ne change la loi d'un verset sans que le deuxième ne soit plus profitable et plus commode.» Ibn Kathir réfute les juifs qui niaient toute abrogation dans les lois divines, en citant des exemples historiques: la permission accordée à Adam de marier ses fils et ses filles, puis l'abrogation de cette règle; la permission accordée à Noé de manger toute viande, puis la restriction; le mariage de deux sœurs permis du temps de Jacob puis interdit par la Torah; l'ordre donné à Abraham d'immoler son fils puis l'interdiction finale. Il cite également des abrogations internes au Coran: la durée de viduité passée d'un an à quatre mois et dix jours, et le changement de Qibla de Jérusalem vers la Ka'ba.
V.108
La sourate Al Baqara met en garde contre l'excès de questions. Mouslim a rapporté le hadith : «Laissez-moi tranquille tant que je vous laisse tranquilles, car ce qui a entraîné la perte de ceux qui vous ont précédés, ce fut leur excès de questions et leurs divergences envers leurs Prophètes.» Ibn Kathir précise que Dieu interdit aux croyants de demander des signes et miracles pour tenter le Prophète comme le firent les fils d'Israël avec Moïse, ou comme les Qoraïchites demandèrent de transformer le mont As-Safa en or. Quiconque échange la foi contre l'incrédulité s'est écarté de la voie droite et il n'a plus que le Feu pour demeure.
V.109-110
Ibn Kathir commente dans la sourate Al Baqara le vœu des gens du Livre de voir les croyants retourner à la mécréance, après que la vérité leur eût été manifestée. Ibn Abbas identifie Houyay Ben Akhtab et Abou Yasser Ben Akhtab comme les ennemis jurés des musulmans et les plus envieux. Ibn Kathir précise que la partie du verset ordonnant d'excuser et de pardonner fut abrogée par le verset du combat: «Tuez les polythéistes partout où vous les trouverez» (S.9, V.5). Ibn Kathir conclut par l'exhortation divine à la prière, à la Zakat et aux bonnes œuvres, car Allah voit tout et rétribuera chacun selon ses actes.
V.111-113
Ibn Kathir expose dans la sourate Al Baqara la vaine présomption des juifs et des chrétiens, chacun prétendant que seuls les membres de sa communauté entreront au Paradis. Allah leur répond: «Apportez votre preuve, si vous êtes véridiques.» Ibn Abbas rapporte que ce verset fut révélé à l'occasion d'une rencontre houleuse entre chrétiens de Najran et savants juifs. Rafe' Ben Harmal, le juif, dit aux chrétiens: «Vous ne tenez sur rien», et renia Jésus et l'Évangile; un chrétien de Najran répliqua de même contre Moïse et la Torah. Ibn Kathir souligne que, selon Sa'id Ben Joubayr, pour qu'une œuvre soit récompensée, elle doit remplir deux conditions: être accomplie en vue d'Allah seul et être conforme à la religion de Muhammad. Il s'appuie sur le hadith rapporté par Mouslim : «Celui qui introduit dans notre tradition ce qui lui est étranger verra rejeter son innovation.»
V.114
La sourate Al Baqara interpelle ici sur ceux qui empêchent les mosquées d'être fréquentées. Deux opinions ont été avancées: celle de Qatada, désignant les chrétiens qui aidèrent Bukhtanassar à détruire le Temple de Jérusalem, et celle d'Ibn Jarir et Ibn Abbas, visant les polythéistes de Qoraïch qui empêchèrent le Prophète d'accéder à la Mosquée Sacrée le jour de Houdaybiya. Ibn Kathir conclut que l'interprétation la plus large est valable: quiconque écarte les croyants de la Maison d'Allah mérite l'opprobre dans ce bas monde et un châtiment cruel dans l'autre. Il y voit aussi une bonne nouvelle pour les musulmans: ils domineront un jour la Mosquée Sacrée et toutes les mosquées.
V.115
Ibn Kathir précise que ce verset de la sourate Al Baqara fut révélé pour consoler le Prophète après son expulsion de La Mecque. Ibn Abbas rapporte qu'il constitue le premier verset abrogé du Coran — il permettait de s'orienter dans n'importe quelle direction avant la désignation définitive de la Ka'ba comme Qibla. Plusieurs interprétations de son application coexistent: prière surérogatoire en voyage, prière quand la direction de la Qibla est inconnue, ou simple invocation. Ibn Kathir cite la tradition d'Amer Ben Abi Rabi'a dont le groupe pria dans la nuit noire en direction inconnue, puis se vit rassuré par ce verset.
V.116-117
La sourate Al Baqara réfute ici ceux qui attribuent un fils à Allah — qu'il s'agisse des juifs, des chrétiens ou des polythéistes. Ibn Kathir cite le hadith rapporté par Boukhari dans lequel Allah dit: «Le fils d'Adam m'a accusé de mensonge sans avoir le droit de le faire. Il m'a injurié en disant que Je me suis donné un enfant, or Je suis l'Unique, l'impénétrable, Je n'engendre pas et Je ne suis pas engendré.» Un hadith des deux Sahihs affirme: «Nul être n'est plus patient que Dieu en entendant ce qui Le nuit: on Lui associe un autre, on Lui attribue un fils, et malgré cela Il châtie et accorde les biens.» Ibn Kathir rappelle que toutes les créatures sont soumises à Allah de gré ou de force, comme le confirme S.13, V.15.
V.118 — Ibn Kathir rapporte d'après Ibn Abbas que ce verset de la sourate Al Baqara fut révélé au sujet de Rafe' Ben Harmala, qui demanda au Prophète de faire parler Allah directement ou d'envoyer un miracle. D'autres exégètes le rattachent aux demandes des juifs, chrétiens et polythéistes qui réclamaient des signes extraordinaires, comme l'annonce S.6, V.124. Ibn Kathir rappelle que les cœurs scellés ne croiront jamais même si tous les signes leur parvenaient, comme le confirme S.10, V.96.
V.119
La sourate Al Baqara présente ici la mission prophétique dans sa plénitude. Ibn Kathir rapporte la réponse d'Abdullah Ben 'Amr Ben Al-'As à la question sur la description du Prophète dans la Torah: «Il ne vocifère pas sur les marchés, ne repousse pas le mal par le mal, est indulgent et pardonne aux autres. Dieu ne recueillera pas son âme tant qu'il n'aura pas remis grâce à lui la religion dans la voie droite.» Le Prophète annonce la bonne nouvelle aux croyants du Paradis et avertit les incrédules du Feu, mais il n'aura pas de compte à rendre pour ceux qui s'obstinent dans l'incrédulité.
V.120-121
Ibn Kathir explique dans la sourate Al Baqara que les juifs et les chrétiens n'agréeront jamais le Prophète tant qu'il ne suit pas leurs préceptes. La réponse divine est claire: «Il n'y a qu'une règle, celle qui vient d'Allah.» Ibn Kathir cite un hadith prophétique rapporté par Boukhari : «Ne croyez pas les gens du Livre, ne les démentez pas, mais dites: Nous croyons en Allah et ce qu'Il a révélé.» Il précise que «réciter le Livre comme il se doit», selon Ibn Massoud, signifie se conformer à son licite et à son illicite, le réciter tel qu'il a été révélé sans l'altérer. Ibn Kathir cite enfin le hadith rapporté par Mouslim d'après Abou Houraira : «Un homme de cette communauté, qu'il soit juif ou chrétien, qui entend parler de moi et mourra sans croire en ce par quoi j'ai été envoyé, sera un damné de l'Enfer.»
V.122-123
La sourate Al Baqara adresse de nouveau aux fils d'Israël le rappel des faveurs divines — à titre d'avertissement, non plus de bénédiction gratuite. Ibn Kathir note qu'Allah leur ordonne ici de croire en Son Prophète Muhammad et de ne plus jalouser leurs cousins Arabes auxquels il fut envoyé. Le V.123 reprend le thème du V.48: au Jour du Jugement, nulle âme ne suffira à une autre, nulle rançon ne sera acceptée et nul secours ne viendra — confirmant ainsi que leur appartenance au peuple élu ne leur servira de rien sans la foi et les bonnes œuvres.
V.124
Ibn Kathir expose longuement l'épreuve d'Abraham dans la sourate Al Baqara. Allah l'éprouva par des paroles — des commandements et interdictions — qu'il exécuta entièrement, ce qui lui valut d'être désigné dirigeant pour les hommes. Plusieurs interprétations ont été données à ces «paroles»: pour Ibn Abbas, ce sont les actes de la Fitra (circoncision, rasage du pubis, coupe des moustaches, épilation des aisselles et rogner les ongles), confirmés par le hadith des deux Sahihs rapporté d'après Abou Houraira. Ikrima dit qu'il s'agit de trente préceptes. Mouhammad Ibn Ishaq y voit la séparation d'avec son peuple, la dispute avec Nemrod, l'endurance face au feu, l'émigration et l'immolation de son fils. Al-Hassan dit qu'il fut éprouvé par les astres, le soleil et la lune. Quant à l'injustice qui exclut de l'alliance divine, Moujahed précise qu'il s'agit de la perversité en général. Allah exauça la prière d'Abraham en faveur de sa descendance et confirma: «Puis nous avons établi dans sa descendance la prophétie et le Livre» (S.29, V.27).
V.125-128
Ibn Kathir décrit dans la sourate Al Baqara la construction de la Ka'ba et sa sanctification. La Maison fut désignée lieu de retour constant pour les hommes et asile de paix. Ibn Kathir rapporte le hadith de Nassaï et Mouslim d'après Jaber : «Sur la demande d'Abraham, Dieu a rendu la Maison sacrée et un lieu de sécurité; sur ma demande, Dieu a rendu Médine un territoire sacré.» Boukhari rapporte qu'Omar fut le premier à suggérer de prendre la station d'Abraham comme lieu de prière, demande qu'Allah exauça par la révélation: «Prenez donc la station d'Abraham comme lieu de prière.» Ibn Kathir rapporte aussi le récit de la construction par Abraham et Ismaël: lorsque les fondations atteignirent une certaine hauteur, Ismaël porta les pierres tandis qu'Abraham construisait, tous deux invoquant: «Notre Seigneur, accepte cela de notre part, Tu es Celui qui entend et qui sait tout.» Il rapporte le long hadith de Boukhari et Mouslim sur Agar, le puits de Zamzam et l'établissement de la tribu Jourhom. Les V.126-128 contiennent les invocations d'Abraham: demander la sécurité et la subsistance pour les habitants, faire d'eux et de leur postérité des gens soumis à Allah, et envoyer parmi eux un Prophète de leur sang.
V.129
La prière d'Abraham mentionnée dans la sourate Al Baqara fut exaucée par l'envoi de Muhammad. Ibn Kathir cite le hadith d'Ahmed rapporté par Abou Oumama: «Je suis l'invocation d'Abraham, la bonne annonce de Jésus, et ma mère, lors de ma conception, a vu une lumière qui sortait d'elle pour éclairer les palais du Châm.» L'illumination des palais du Châm préfigurait la stabilité de l'Islam dans cette région jusqu'à la fin des temps, où Jésus descendra auprès du minaret blanc à Damas. Un hadith des Sahihs confirme: «Une fraction de ma communauté ne cessera de combattre pour défendre la vérité et elle triomphera jusqu'au Jour de la résurrection.»
V.130-132
Ibn Kathir réfute dans la sourate Al Baqara ceux qui s'éloignent de la religion d'Abraham. Abou Al-'Alya et Qatada précisent que ce verset fut révélé au sujet des juifs qui introduisirent des innovations étrangères dans leur religion. Ibn Kathir rappelle que la soumission à Allah était la religion de tous les prophètes sans exception, comme le confirme S.21, V.25: «Nous n'avons envoyé aucun Prophète avant toi sans lui révéler: Il n'y a de Dieu que Moi, adorez-Moi.» Le Prophète a dit à ce propos: «Nous les Prophètes sommes nés de différentes mères mais notre religion est unique.» Abraham, en recevant l'ordre divin «Soumets-toi», répondit: «Je me soumets au Maître de l'univers», transmettant cette même recommandation à ses enfants.
V.133-134
La sourate Al Baqara rappelle les derniers moments de Jacob. Ibn Kathir explique qu'à l'article de la mort, Jacob demanda à ses fils: «Qu'adorez-vous après moi?» Ils répondirent qu'ils adoreront le Seigneur d'Abraham, Ismaël et Isaac — le Dieu Unique — et qu'ils seront soumis à Lui. Ibn Kathir précise que les Arabes donnent parfois le nom «père» à l'oncle ou au grand-père, c'est pourquoi Ismaël — oncle de Jacob — est cité parmi les «pères». Le V.134 constitue un avertissement: se réclamer de la généalogie des prophètes ne sert à rien sans foi ni bonnes œuvres. Ibn Kathir cite le hadith rapporté par Mouslim : «Quiconque dont les œuvres pies sont très minimes, sa généalogie ne lui servira à rien.»
V.135
Ibn Kathir rapporte que la sourate Al Baqara fut révélée à l'occasion d'une déclaration d'Abdullah Ben Soryara aux musulmans: «La bonne direction n'est autre que ce que nous pratiquons, suis-nous ô Muhammad.» Les chrétiens tinrent les mêmes propos. Allah ordonna au Prophète de répondre: «Nous suivons le culte d'Abraham, le modèle même de la droiture.» Abou Qilaba interprète la droiture d'Abraham comme la foi en tout ce que les Prophètes ont apporté, du premier au dernier.
V.136
La sourate Al Baqara prescrit aux croyants de déclarer leur foi en tous les Prophètes sans distinction. Ibn Kathir cite l'interdiction coranique de tout communautarisme religieux: «Nous croyons en certains d'entre eux, nous ne croyons pas en certains d'autres; ceux qui veulent suivre une voie intermédiaire — ceux-là sont vraiment incrédules» (S.4, V.150-151). Il rapporte le hadith de Boukhari ordonnant aux croyants: «Ne croyez pas les gens du Livre, ne les démentez pas, mais dites: Nous croyons en Allah et ce qu'Il a révélé.» Ibn Kathir précise que les «Asbats» désignent les tribus des fils d'Israël, parmi lesquels Allah révéla des Livres à certains prophètes, comme le confirme S.7, V.160.
V.137-138
Ibn Kathir commente dans la sourate Al Baqara la notion de «couleur d'Allah» — la sibgha. Ibn Abbas précise qu'il s'agit de la religion d'Allah. Il rapporte un échange dans lequel Moïse demanda à Dieu comment Le remercier. Allah lui répondit: «Mentionne-Moi sans M'oublier et ainsi tu seras reconnaissant. Mais si tu M'oublies, tu auras renié Mes bienfaits.» L'unicité de religion face au schisme des gens du Livre est ici affirmée: si les incrédules adhèrent à ce dogme de foi universelle, ils seront bien dirigés; sinon, ils sont en état de rébellion et Allah suffit au Prophète contre leurs complots.
V.139-141
La sourate Al Baqara réfute le débat lancé par les polythéistes sur la nature d'Allah. Ibn Kathir résume la position divine: à nous nos actes, à vous les vôtres, nous sommes sincères envers Allah. La présomption des gens du Livre qui affirmaient qu'Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et les prophètes des tribus étaient juifs ou chrétiens est réfutée: «Qui de vous ou d'Allah est le mieux renseigné?» Al-Hassan Al-Basri précise qu'ils lisaient dans leurs Livres que la religion d'Allah est l'Islam et que Muhammad est Son Envoyé — ils en témoignèrent intérieurement mais le dissimulèrent. Quiconque mécroit en un seul Prophète, c'est comme s'il mécroit en tous, et a fortiori en Muhammad, le dernier Prophète envoyé à toute l'humanité.
V.142-143
Ibn Kathir expose dans la sourate Al Baqara l'épisode du changement de Qibla. Al-Bara' rapporte que le Prophète priait durant seize ou dix-sept mois en direction de Jérusalem avant d'être ordonné de se tourner vers la Ka'ba. Ibn Kathir note que la première prière accomplie après ce changement fut celle de l'Asr. Les insensés — identifiés soit aux docteurs juifs (Al-Zajjaj), soit aux hypocrites (Moujahed), soit aux deux (Al-Souddy) — s'interrogèrent sur ce changement. Allah révèle que Sa direction est la bonne et que la communauté musulmane fut choisie comme «nation du juste milieu», témoin contre tous les peuples. Ibn Kathir cite le hadith de Boukhari, Tirmidzi et Nassaï rapporté par Abou Sa'id sur la scène du Jugement: «Noé sera appelé et demandé s'il a transmis le message... la communauté de Muhammad témoignera qu'il l'a transmis.»
V.144
La sourate Al Baqara relate que le Prophète regardait souvent le ciel, attendant l'ordre de changer de Qibla vers la Ka'ba qu'il désirait ardemment. La révélation arriva: «Nous t'avons vu, ô Prophète, interroger le ciel du regard. Nous t'avons désigné une direction qui t'agrée. Tourne ton visage du côté de l'Oratoire Sacré.» Ibn Kathir cite le récit de Nouwayla Bint Mouslim sur la prière de l'Asr accomplie dans la mosquée de Banou Haritha — au milieu de la prière, un homme annonça le changement de Qibla et hommes et femmes échangèrent leur place. Le Prophète dit d'eux: «Ils sont des gens qui croient à l'invisible.» Ibn Kathir précise que les gens du Livre savaient, d'après leurs Écritures, que cette Qibla serait révélée au Prophète, mais le dissimulèrent par jalousie.
V.145-147
Dans la sourate Al Baqara, Ibn Kathir rappelle que quelles que soient les preuves apportées aux gens du Livre, ils n'adopteront pas la Qibla des musulmans. Cela ne doit pas pousser le Prophète à les suivre. Ibn Abbas rapporte l'échange d'Ibn Omar avec Abdullah Ben Salam: «Connais-tu Muhammad comme tu connais ton propre enfant?» — «Certes oui et mieux encore, la description du "Fidèle" était parvenue du ciel avant même son message. Quant à mon enfant, je ne sais pas ce que sa mère a fait.» Ibn Kathir conclut que les gens du Livre dissimulaient sciemment ce que leurs Livres contenaient au sujet du Prophète, emportés par la jalousie, l'opiniâtreté et l'impertinence.
V.148
La sourate Al Baqara rappelle que chaque communauté a sa Qibla et son orientation. Ibn Abbas précise: «À chaque nation une Qibla vers laquelle les hommes s'orientent et qui l'agrée, et Dieu a dirigé Son Messager vers la Qibla dont les croyants ont agréé.» Al-Hassan précise qu'Allah a en réalité ordonné à toutes les nations de s'orienter vers la Ka'ba. Ibn Kathir met en avant le commandement de rivaliser dans les bonnes œuvres, quelle que soit la position géographique: «Où que vous soyez, Allah vous ramènera à Lui, car Il est Tout-Puissant.»
V.149-150
Ibn Kathir commente dans la sourate Al Baqara la répétition de l'ordre de s'orienter vers la Maison Sacrée. Al-Fakhr Al-Razi distingue trois situations: celui qui voit la Ka'ba, celui qui se trouve à La Mecque sans la voir, et celui qui réside ailleurs. Ibn Kathir explique l'enchaînement des trois versets relatifs à la Qibla: le premier (V.144) exauçait le désir du Prophète; le deuxième (V.149) confirmait l'ordre comme venant du Seigneur; le troisième (V.150) réfutait les arguments des juifs, qui prétendaient que le Prophète reviendrait finalement à leur Qibla, et coupait court aux accusations des polythéistes de Qoraïch qui l'accusaient d'abandon de la religion d'Abraham. Ibn Kathir conclut que l'essentiel est de craindre Allah seul, non les hommes.
V.151-152
La sourate Al Baqara rappelle aux croyants la faveur immense de l'envoi du Prophète. Ibn Abbas dit que les bienfaits cités désignent Muhammad et son message. Zayd Ben Aslam rapporte que Moïse demanda à Allah comment Le remercier, et Allah répondit: «Mentionne-Moi sans M'oublier.» Ibn Kathir cite le hadith rapporté par Boukhari et Ahmed d'après Anas — un hadith qudsi: «Ô fils d'Adam! Si tu Me mentionnes en toi-même, Je te mentionnerai en Moi-même; si tu Me mentionnes en public, Je te mentionnerai dans un public bien meilleur encore. Si tu t'approches de Moi d'un empan, Je m'approcherai de toi d'une coudée; si tu viens à Moi au pas, J'irai à toi à pas pressés.» Il cite également le hadith d'Ahmed : «Quiconque reçoit un bienfait de Dieu, qu'il le proclame car Dieu aime voir les traces de Son bienfait sur Son serviteur.»
V.153-154
Dans la sourate Al Baqara, Allah prescrit aux croyants de chercher secours dans la patience et la prière. Ibn Kathir distingue deux sortes de patience: l'abstention des interdictions, et l'accomplissement de tous les devoirs prescrits — cette dernière étant la plus récompensée. Il cite le hadith rapporté par Al-Bayhaqî : «Je m'étonne du cas du croyant car sa destinée ne lui apportera que du bien: lorsqu'un bonheur l'atteint, il remercie Dieu, et lorsqu'un malheur le frappe, il se montre constant.» Zaïn Al-'Abidine décrit la scène du Jugement où les constants entrent au Paradis sans aucun compte, récompensés par S.39, V.10: «Ceux qui sont constants recevront leur incommensurable récompense.» Au V.154, Ibn Kathir rappelle le hadith de Mouslim selon lequel les âmes des martyrs sont dans les gésiers d'oiseaux verts au Paradis, et se plaignent d'un seul désir: retourner au bas monde pour combattre et être tués une deuxième fois en vertu de l'immense récompense qu'ils ont constatée.
V.155-157
La sourate Al Baqara annonce que les croyants seront éprouvés par la peur, la faim, les pertes de biens, de vies et de récoltes. Ibn Kathir précise qu'il s'agit d'épreuves légères — non totales — afin que les croyants apprennent la patience. Il cite le hadith d'Oum Salama rapporté par Mouslim : elle récita la formule «Nous sommes à Allah et nous retournons à Lui» à la mort d'Abou Salama, et Allah lui donna en échange le Prophète lui-même comme époux. Ibn Kathir cite aussi le hadith d'Ahmed et Ibn Maja : «Tout musulman atteint d'une affliction qui dit "Nous sommes à Allah et nous retournons à Lui" — tant qu'elle persiste, Allah lui donne en échange une récompense à partir du jour où il en fut atteint.» Un autre hadith d'Ahmed et Tirmidzi rapporte qu'Allah dit à l'ange: «Bâtissez pour Mon serviteur une demeure au Paradis et appelez-la: La demeure de louanges.»
V.158
Ibn Kathir explique dans la sourate Al Baqara la légitimité du parcours entre As-Safa et Al-Marwa. Mouslim rapporte qu'après les tournées processionnelles, le Prophète se tint près de la Pierre Noire et sortit en disant: «Je commence par quoi Allah a commencé.» Aicha précise que des Médinois pré-islamiques avaient hésité à faire ce parcours car une idole — Manat — s'y trouvait autrefois. Ce verset leva toute hésitation. Ibn Kathir conclut que Al-Chafi'i, Malek et Ahmed considèrent le parcours entre les deux collines comme un rite essentiel du pèlerinage, et que le Prophète commanda: «Apprenez de moi les rites de votre pèlerinage.»
V.159-162
La sourate Al Baqara prononce ici une menace sévère contre ceux qui dissimulent les signes et la direction divins après qu'Allah les a montrés aux hommes dans les Livres révélés. Ibn Kathir explique que ce verset visait les gens du Livre qui cachaient la mention de Muhammad dans leurs Écritures. Un hadith rapporté par le Prophète avertit: «Celui qui, interrogé sur une chose, la dissimule — Allah lui mettra une bride en feu au Jour de la résurrection.» Abou Houraira dit: «Si ce verset n'était pas révélé, je n'aurais raconté aucun hadith.» Ibn Kathir précise que le repentir reste possible pour celui qui dissimule une science, s'il la divulgue ensuite. En revanche, ceux qui mourront incrédules encourront la malédiction d'Allah, des anges et de tous les hommes, leur châtiment ne sera pas allégé et nul secours ne leur sera porté.
V.163-164
La sourate Al Baqara affirme l'unicité absolue d'Allah dans ces deux versets complémentaires. Ibn Kathir rapporte que le Prophète identifia le Nom Sublime d'Allah dans deux versets: celui-ci et le début de la sourate Al 'Imran (S.3, V.1-2). Le V.164 développe les preuves de cette unicité: la création des cieux et de la terre, la succession du jour et de la nuit, les navires voguant sur les mers, la pluie qui vivifie la terre, la diversité des animaux, les variations du vent et les évolutions des nuages. Ibn Kathir rapporte que lorsque ce verset fut révélé à Médine, les polythéistes de La Mecque s'étonnèrent: «Comment un seul Dieu peut-il suffire aux gens?» — et ce verset répondit à leur incrédulité en démontrant l'omnipotence divine par les signes de la création.
V.165-167
Ibn Kathir commente dans la sourate Al Baqara le sort des polythéistes qui prennent des égaux à Allah et les aiment autant que Lui. Il cite le hadith de Boukhari et Mouslim d'après Ibn Massoud : «Quel est le péché le plus grave? C'est de reconnaître un égal à Allah alors que c'est Lui qui t'a créé.» Ibn Kathir décrit le désaveu mutuel au Jour du Jugement: les chefs désavoueront ceux qui les suivirent, les djinns diront: «Nous les désavouons devant Toi» (S.28, V.63), et les idoles déclareront: «Bien au contraire! Ces divinités renieront l'adoration qu'ils leur rendaient et elles deviendront leurs adversaires» (S.19, V.82). Les damnés s'écrieront: «Ah! si nous pouvions revenir sur terre pour désavouer nos chefs!» Mais leurs regrets ne feront qu'aggraver leur désespoir, et leurs œuvres seront réduites en poussière.
V.168-169
La sourate Al Baqara adresse à tous les hommes l'ordre de se nourrir du licite et du bon. Ibn Kathir rapporte le hadith qudsi de Mouslim d'après 'Iyad Ben Hammad : «Tout bien que J'ai accordé à Mes serviteurs est bon et licite. J'ai créé tous Mes serviteurs soumis et musulmans, mais les démons les ont détournés de la voie droite.» Ibn Kathir rapporte la mise en garde du Prophète à Sa'd Ben Abi Waqas rapportée par Ibn Mardawich : «Il arrive qu'un homme mange une seule bouchée illicite, et pour cela Allah n'accepte de lui aucune pratique cultuelle pendant quarante jours.» Ibn Kathir précise que toute désobéissance à Allah constitue une trace du démon, qui ordonne uniquement le mal et les turpitudes.
V.170
Ibn Kathir expose dans la sourate Al Baqara la réponse des incrédules quand on les invite à suivre ce qu'Allah a révélé: «Nous suivrons ce que nous avons trouvé chez nos pères.» Allah leur rétorque: «Et si leurs pères étaient dépourvus de tout discernement et de toute direction?» Cette attitude entêtée caractérise tous ceux qui préfèrent les traditions ancestrales à la révélation divine — qu'il s'agisse des polythéistes d'Arabie ou des gens du Livre.
V.171
La sourate Al Baqara compare ici les incrédules appelés à la foi à du bétail auquel un berger crie — les bêtes n'entendent que du bruit sans rien comprendre. Ibn Kathir souligne que ce sont des sourds, muets et aveugles qui ne raisonnent pas.
V.172-173
Ibn Kathir explique dans la sourate Al Baqara les conditions du licite alimentaire. Allah prescrit aux croyants de se nourrir des bonnes nourritures qu'Il leur a accordées et d'être reconnaissants. Il énumère les interdits: la charogne, le sang, la viande de porc et ce sur quoi un nom autre qu'Allah a été invoqué. Mais la nécessité absolue — sans désir ni transgression — lève l'interdit, car Allah est Pardonneur et Miséricordieux.
V.174-176
La sourate Al Baqara revient sur les gens du Livre qui dissimulent les Révélations divines pour un prix dérisoire. Ibn Kathir précise que ceux-là ne se nourrissent dans leurs ventres que de feu, Allah ne leur adressera pas la parole au Jour de la résurrection et ne les purifiera pas — leur châtiment sera douloureux. Ils ont acquis l'égarement contre la bonne direction et le châtiment contre le pardon: quelle prodigieuse résistance au Feu! Ibn Kathir rappelle que ceux qui dissimulent ce qu'Allah a révélé dans le Livre sont dans un schisme manifeste.
V.177
Ibn Kathir commente longuement ce verset majeur de la sourate Al Baqara sur la vertu authentique. Il ne s'agit pas de tourner son visage vers l'est ou l'ouest, mais de croire en Allah, au Jour Dernier, aux anges, au Livre et aux prophètes; de donner de ses biens, malgré l'attachement qu'on y a, aux proches, aux orphelins, aux indigents, aux voyageurs, aux mendiants et pour libérer les esclaves; de s'acquitter de la prière et de la Zakat; de tenir ses engagements; d'endurer patiemment l'épreuve, l'adversité et au combat. Ce sont là les véridiques et les pieux.
V.178-179
La sourate Al Baqara institue la loi du talion. Ibn Kathir précise les catégories: homme libre contre homme libre, esclave contre esclave, femme contre femme. Le pardon reste possible moyennant une compensation équitable. Ibn Kathir note que dans le talion il y a une vie: car la peine dissuasive préserve les vies humaines.
V.180-182
Ibn Kathir explique dans la sourate Al Baqara l'obligation du testament au profit des parents et proches, pour celui qui ressent l'approche de la mort et laisse des biens. Il précise que cet ordre fut en partie modifié par les versets sur l'héritage qui attribuent une part fixe à chaque héritier. Toutefois le testament reste possible pour les personnes non couvertes par les parts obligatoires. Quiconque modifie un testament légitime après l'avoir entendu engage sa propre responsabilité, mais la réconciliation entre parties est permise.
V.183-187
La sourate Al Baqara prescrit le jeûne du Ramadan. Ibn Kathir expose le cadre complet: les malades et voyageurs peuvent ne pas jeûner et compenser plus tard. Allah veut faciliter les choses et non les compliquer. Le V.186 constitue un des rares versets où Allah répond directement sans intermédiaire: «Je suis proche. Je réponds à l'invocation de celui qui invoque.» Ibn Kathir cite le hadith du Prophète sur la supplication au moment de la rupture du jeûne: elle est exaucée. Le V.187 précise les règles de la nuit du Ramadan et de la retraite spirituelle.
V.188
La sourate Al Baqara interdit de dévorer injustement les biens d'autrui et de corrompre les juges pour s'emparer des biens des autres en toute connaissance de cause. Ibn Kathir précise que le jugement des tribunaux humains ne rend pas le illicite licite: l'homme emporte le Feu dans son ventre.
V.189
Ibn Kathir explique dans la sourate Al Baqara la question des croissants de lune. Les compagnons demandèrent au Prophète à quoi servent les croissants. Allah révéla: «Ce sont des indicateurs de temps pour les hommes et pour le pèlerinage.» Ibn Kathir précise que la vertu ne consiste pas à entrer dans les maisons par les portes de derrière par superstition, mais à craindre Allah et à entrer par les portes régulières.
V.190-195
La sourate Al Baqara légifère sur le combat dans la voie d'Allah. Ibn Kathir expose les conditions: combattre ceux qui vous combattent, sans transgresser les limites. Ibn Kathir cite: «La sédition est plus grave que le meurtre.» Si les ennemis s'abstiennent, il faut s'abstenir également; il n'y a d'hostilité que contre les injustes. Dépenser dans la voie d'Allah est une obligation, et se jeter dans la perdition — par l'avarice ou l'abandon de la dépense dans la voie d'Allah — est formellement interdit.
V.196-199
La sourate Al Baqara prescrit l'accomplissement complet du Hajj et de la 'Umra pour Allah. Ibn Kathir détaille les règles de l'état de sacralisation en cas d'entrave: offrande de rachat proportionnée. Il précise les jours du Hajj, le moment de l'invocation d'Allah depuis 'Arafat et après la Mosquée sacrée. La station à 'Arafat constitue l'essentiel du pèlerinage. Le temps du départ depuis Muzdalifa est fixé.
V.200
Ibn Kathir conclut ce passage de la sourate Al Baqara en distinguant deux catégories de croyants: ceux qui n'invoquent Allah que pour les biens de ce bas monde, et ceux qui demandent le bien dans ce monde et dans l'autre ainsi que la préservation du Feu. Ces derniers auront une part pour ce qu'ils ont acquis. Allah est prompt dans le compte.
V.201-202
Ces deux versets d'Al Baqara distinguent deux catégories de croyants. Les premiers n'implorent Allah que pour les biens de ce bas monde et n'obtiendront aucune part dans l'autre. Les seconds, bien plus nombreux parmi les croyants, demandent le bien dans les deux demeures et la préservation du châtiment du Feu. Ibn Abbas commente qu'à l'époque préislamique, des nomades venaient faire la station et disaient: «Notre Dieu, fais que cette année soit une année de fertilité» sans que la vie future ne les intéresse. Cette invocation, enseigne Ibn Kathir, embrasse tous les biens de la vie présente — une demeure confortable, une bonne épouse, des richesses, une science utile — et tous les biens de l'au-delà: l'entrée au Paradis, le compte facile, la préservation du Feu. Anas Ben Malek rapporte que le Prophète récitait souvent cette invocation, et l'appliqua un jour à un homme qui, s'étant contenté de demander à Allah de le châtier dans ce monde, était devenu extrêmement malade (Boukhari et Mouslim).
V.203
Les jours fixés désignent les jours de Tachriq selon Ibn Abbas — les jours de la fête du sacrifice. Ibn Kathir rapporte que ces jours sont consacrés à manger, boire et glorifier Allah. Il précise qu'Abou Houraira rapporte que le Prophète envoya quelqu'un à Mina annoncer aux pèlerins de ne pas jeûner ces jours, car ils sont consacrés à la glorification d'Allah. La glorification au cours de ces jours consiste à répéter les takbirs après chaque prière prescrite. Cette sourate Al Baqara conclut ce passage en rappelant que la dispersion des pèlerins vers tous les coins du monde préfigure le rassemblement final devant Allah: «C'est Lui qui vous a disséminés sur la terre, et c'est vers Lui que vous serez rassemblés» (S.67, V.24).
V.204-207
As-Souddy rapporte que ces versets d'Al Baqara furent révélés au sujet d'Al-Akhnas Ben Chourayq Al-Thaqafi qui vint déclarer sa conversion au Prophète tout en cachant l'incrédulité dans son cœur. Ibn Abbas penchait plutôt vers une révélation au sujet de certains hypocrites qui médisaient des compagnons tués à Al-Raji'. Mouhammad Ben Ka'b Al-Qouradhi résume la portée universelle de ces versets: «Un verset peut être révélé au sujet d'une personne en particulier, mais finit par concerner tout le monde.» Ibn Kathir souligne le contraste entre l'hypocrite — dont les belles paroles cachent une inimitié irréductible, qui sème la corruption et s'emporte quand on lui dit «crains Allah» — et le croyant sincère qui rachète son âme en vue de l'agrément divin. Ce dernier est le cas de Souhaïb Al-Roumi qui céda tous ses biens aux polythéistes pour émigrer à Médine, et que le Prophète accueillit en s'écriant: «Souhaïb a gagné!»
V.208-209
La sourate Al Baqara prescrit ici l'adhésion complète à l'Islam. Ibn Abbas traduit le mot «paix» par «l'Islam», et d'autres exégètes par «l'obéissance et la soumission à Allah». Ibn Kathir précise que cet ordre est adressé aux croyants parmi les gens d'Écriture qui gardaient leur foi en Allah tout en s'accrochant à des préceptes de leur Pentateuque: ils sont invités à s'engager pleinement dans les lois islamiques. Quiconque trébuche après que les preuves lui sont parvenues, saura qu'Allah est puissant dans Son châtiment et juste dans Ses jugements.
V.210
Ce verset d'Al Baqara constitue une menace à l'encontre de ceux qui refusent de croire. Ibn Kathir explique qu'ils semblent attendre qu'Allah descende vers eux dans l'ombre des nuées avec Ses anges pour qu'ils soient jugés — comme au Jour de la résurrection. Un long hadith rapporté par les auteurs des Sunans décrit la scène du Jugement: le Prophète intercédera auprès du Seigneur, le ciel se fendra, Allah descendra dans l'ombre des nuages avec les anges et les porteurs du Trône, accompagnés d'un chœur angélique glorifiant: «Gloire au Maître de la Royauté, gloire au Vivant qui ne mourra pas.»
V.211-212
Dans Al Baqara, Allah rappelle aux fils d'Israël l'abondance des signes manifestes qui leur furent accordés — le bâton de Moïse, le déluge, les sauterelles — et prévient que quiconque échange les bienfaits d'Allah contre l'incrédulité encourra un dur châtiment. Puis Allah montre l'embellissement de ce bas monde aux yeux des incrédules qui tournent en dérision les croyants. Ces derniers, qui ont délaissé les apparences de la vie terrestre pour dépenser dans la voie d'Allah, seront au-dessus des autres dans les demeures de l'éternité. Ibn Kathir cite un hadith divin: «Ô fils d'Adam! Dépense et Je dépense pour toi», et le hadith des deux Sahihs rapporté par Boukhari et Mouslim : «Chaque jour deux anges descendent le matin, dont l'un dit: "Seigneur donne à celui qui dépense en compensation" et l'autre dit: "Seigneur, inflige une perte à celui qui retient son argent."»
V.213
Ce verset d'Al Baqara retrace la grande histoire humaine. Ibn Abbas précise que dix siècles séparaient Adam de Noé, durant lesquels les hommes suivaient la religion d'Adam avant de se corrompre et d'adorer les idoles — ce qui poussa Allah à envoyer les prophètes. Qatada précise que Noé fut le premier Messager envoyé aux habitants de la terre. Le Prophète a dit: «Nous les derniers venus serons les premiers au jour de la résurrection» (Mouslim), car si les autres peuples se divisèrent au sujet du vendredi — les juifs prenant le samedi, les chrétiens le dimanche — Allah guida la communauté de Muhammad vers ce jour béni. De même pour la Qibla, le jeûne, la prière et la question de Jésus: à chaque controverse, Allah dirigea la communauté muhammadienne vers la Vérité.
V.214
Al Baqara enseigne ici que le Paradis ne s'obtient pas sans épreuves. Khabbab Ben Al-Arat rapporte que des compagnons demandèrent au Prophète d'invoquer Allah en leur faveur: il leur répondit qu'aux époques antérieures, on sciait les croyants en deux avec une scie de fer sans qu'ils ne renient leur foi. Il conclut: «Par Allah, Allah assurera l'expansion de l'Islam au point qu'un cavalier de Sana'a à Hadramaout ne craindra que Allah et le loup pour son troupeau. Mais vous autres, vous êtes impatients» (Boukhari). Ibn Kathir cite l'épisode de la bataille du fossé: «Les croyants furent éprouvés et violemment ébranlés» (S.33, V.10-11). Héraclius lui-même reconnut au cours de son entretien avec Abou Soufian que c'est le lot de tous les prophètes d'être d'abord éprouvés avant que la victoire finale leur soit accordée.
V.215
Interrogé sur les destinataires des dépenses, le Prophète répond dans Al Baqara: les parents en premier, puis les proches, les orphelins, les pauvres et les voyageurs. Ibn Kathir cite le hadith prophétique: «L'aumône faite aux pauvres est comptée comme une seule, et deux aux proches: une aumône et un lien de parenté.» Mouqatel précise qu'il s'agit des aumônes bénévoles au-delà de la Zakat obligatoire. Toute dépense faite, Allah la connaît et en rétribuera l'auteur.
V.216
Le Jihad devient ici une obligation dans Al Baqara. Ibn Kathir cite deux hadiths authentifiés: «Quiconque meurt sans avoir combattu dans la voie de Dieu, ou sans avoir l'intention de le faire, mourra comme au temps de l'ignorance» et «Après la conquête il n'y aura plus d'émigration mais un combat dans la voie de Dieu et une intention d'y participer.» Les hommes ont en général une aversion naturelle pour le combat, mais Allah leur révèle que la victoire, le butin et la conquête des pays ennemis en résultent, tandis que l'abandon du combat expose à être vaincu et dominé.
V.217-218
Ces versets d'Al Baqara furent révélés à la suite de l'expédition de Nakhlé, lors de laquelle Abdullah Ben Jahch et ses compagnons tuèrent Ibn Al-Hadrami sans savoir si c'était un jour du mois sacré de Rajab. Les polythéistes en profitèrent pour accuser les musulmans d'avoir profané le mois sacré. Allah leur répond que leur comportement — l'incrédulité, le fait d'écarter les hommes de la voie d'Allah, l'expulsion des croyants de la Mosquée Sacrée — est bien plus grave encore aux yeux d'Allah. Ibn Kathir explique que la sédition — le polythéisme — est plus grave que le meurtre. Les V.217-218 annoncent ensuite la récompense des croyants, émigrés et combattants: ils peuvent espérer la miséricorde d'Allah.
V.219-220
L'imam Ahmed rapporte dans Al Baqara que ce verset sur le vin et le jeu fut le premier d'une série de trois révélations progressives concernant l'interdiction du vin. Omar Ben Al-Khattab implora trois fois Allah pour obtenir un ordre catégorique: le premier verset (S.2, V.219) exposa la prédominance des dangers sur les agréments; le deuxième (S.4, V.43) interdit la prière en état d'ivresse; le troisième (S.5, V.90-91) prononça l'interdiction définitive. Quant à la dépense, Dieu recommande le superflu — ce qui reste après les besoins de la famille. Ibn Kathir rapporte la réponse prophétique à l'homme qui demandait quoi faire de ses dinars: dépenser d'abord pour soi-même, puis pour sa femme, ses enfants, et ensuite donner. Concernant les orphelins, Allah permit de mêler leurs biens aux siens après la gêne ressentie par les gardiens qui séparaient les nourritures.
V.221
Al Baqara interdit formellement le mariage avec les idolâtres. Ibn Kathir précise qu'Ibn Abbas fit exception des femmes des gens du Livre, comme le confirme S.5, V.5. Il rapporte l'histoire d'Abdullah Ben Rawaha qui s'inquiéta d'avoir giflé son esclave: interrogé par le Prophète sur ses pratiques, Abdullah répondit qu'elle priait, jeûnait et témoignait de l'unicité d'Allah. Le Prophète lui dit: «C'est une véritable croyante» et Abdullah l'affranchit et l'épousa. Ibn Kathir cite le hadith prophétique de Boukhari et Mouslim : «On épouse la femme pour ces quatre qualités: sa fortune, sa lignée, sa beauté ou sa foi. Épouse donc celle qui a la foi, que tes mains soient appauvries.»
V.222-223
Anas rapporte dans Al Baqara que les juifs séparaient complètement leurs femmes lors des menstruations. Les compagnons interrogèrent le Prophète, qui leur répondit de ne pas avoir de rapport charnel mais que tout le reste est permis. Les juifs dirent: «Cet homme nous contrarie dans tout notre comportement.» Ibn Kathir précise que le droit islamique permet les attouchements avec la femme qui a ses menstrues mais interdit l'acte sexuel. Pour le verset 223 — «Vos femmes sont comme un champ pour vous» — Ibn Kathir cite l'interprétation d'Ibn Abbas: il s'agit uniquement de la partie vaginale, et non de la partie anale. Omar Ben Al-Khattab vint trouver le Prophète inquiet d'avoir eu un rapport «par derrière» avec sa femme; ce verset fut révélé pour clarifier la règle. Ibn Kathir cite le hadith de Boukhari sur l'invocation recommandée avant tout rapport charnel.
V.224-225
Ces versets d'Al Baqara mettent en garde contre l'usage du nom d'Allah dans des serments qui empêcheraient de faire le bien ou de maintenir le lien de parenté. Ibn Kathir cite le hadith prophétique rapporté par Mouslim : «Si après avoir fait un serment tu vois qu'il y a mieux à faire, expie ton serment et fais ce qu'il y a mieux à faire.» Quant au serment fait à la légère — par inadvertance, comme les formules «Non par Dieu, Oui par Dieu» prononcées sans réflexion — Allah ne punira pas son auteur. Aicha précise: «Ces termes n'émanent pas du cœur», et ils ne nécessitent aucune expiation.
V.226-228
Le «ila'» est le serment d'un homme qui jure de ne plus approcher sa femme. Al Baqara fixe un délai de quatre mois: passé ce délai, la femme peut demander à son mari de reprendre la vie conjugale ou de prononcer la répudiation. Ibn Kathir cite l'épisode où Omar Ben Al-Khattab, lors d'une ronde nocturne, entendit une femme se plaindre de l'absence de son mari. Il interrogea sa fille Hafsa sur la durée maximale qu'une femme peut supporter l'absence de son mari — elle répondit: «peut-être quatre à six mois» — ce qui motiva Omar à ne plus laisser un homme s'absenter de sa femme au-delà de cette période. Le V.228 précise que les femmes répudiées doivent attendre trois périodes menstruelles, que leurs maris ont priorité pour les reprendre pendant cette période si la réconciliation est sincère, et que les maris ont une priorité sur les femmes fondée sur les dépenses et la gestion des affaires familiales.
V.229-230
Ces versets d'Al Baqara instituent la règle de la triple répudiation. Hicham Ben Ourwa rapporte qu'avant cette révélation, un mari pouvait répudier sa femme un nombre illimité de fois tant qu'elle était en période d'attente. Ce verset limita les répudiations à deux avec droit de reprise, et une troisième définitive. Ibn Kathir expose le droit de la femme au «Khôl'» — le rachat de sa liberté: Thabet Ben Qaïs et sa femme Habiba illustrent le premier cas de Khôl' pratiqué en Islam. Elle n'aimait plus Thabet malgré son bon caractère religieux; le Prophète lui dit: «Rends-lui son jardin et il te répudie.» Ibn Kathir rapporte également que le Prophète maudit «celui qui rend licite un mariage illégal et celui qui en profite» (rapporté par Tirmidzi), condamnant ainsi le mariage de convenance dont le seul but est de rendre la femme licite à son premier époux.
V.231-233
Ibn Abbas explique dans Al Baqara qu'autrefois un mari reprenait sa femme vers la fin de sa période d'attente juste pour l'empêcher de se remarier, puis la répudiait à nouveau — stratégie de nuisance que ce verset interdit. Allah ordonne: à l'approche de la fin de la période d'attente, soit reprendre la femme avec bienveillance, soit la laisser libre dignement, sans la retenir pour lui nuire. Le V.232 concerne l'interdiction faite aux tuteurs d'empêcher les femmes de retourner chez leurs anciens maris si les deux parties sont d'accord. Ibn Kathir rapporte l'histoire de Ma'qel Ben Yasser Al-Mouzani: ayant donné sa sœur en mariage, après une mésentente et une réconciliation des cœurs des deux époux, il refusait obstinément le remariage jusqu'à ce que ce verset descende.
V.233-234
Al Baqara traite ici des règles de l'allaitement et de la viduité des veuves. Ibn Kathir précise que l'allaitement créant une interdiction matrimoniale doit avoir lieu avant l'âge de deux ans, conformément au hadith de Tirmidzi : «L'allaitement qui crée une interdiction est celui pris des seins comme nourriture avant le sevrage.» Pour les veuves, la période d'attente est de quatre mois et dix jours. Cette durée correspond aux 120 jours (quatre mois) durant lesquels le fœtus passe par les trois stades de quarante jours décrits dans le hadith de Boukhari et Mouslim, auxquels s'ajoutent dix jours comme réserve. Ibn Kathir cite l'histoire de Soubai'a Al-Aslamia: ayant accouché peu après la mort de son mari, le Prophète lui dit qu'elle avait purgé sa période d'attente et pouvait se remarier — ce qui confirme que l'accouchement met fin à la viduité de la femme enceinte.
V.235-237
Ces versets d'Al Baqara précisent les règles entourant les demandes en mariage pendant la période de viduité. Il est permis d'y faire allusion indirectement — dire par exemple «je veux une femme vertueuse» — mais interdit de conclure un contrat de mariage avant la fin du délai prescrit. Ibn Kathir rapporte que le Prophète ordonna à Fatima Bint Qais, répudiée définitivement, de passer sa viduité chez Ibn Oum Maktoum, puis la maria à Oussama Ben Zaid. Pour les femmes répudiées avant consommation du mariage sans dot fixée, un don de consolation est prescrit selon les moyens du mari: Al-Hassan Ben Ali donna dix mille dirhams, et sa femme s'écria: «Tel est un don modeste d'un amant qui me répudie.»
V.238-239
Al Baqara prescrit ici l'observance ponctuelle de la prière, notamment la prière intermédiaire. Ibn Kathir expose le débat entre les exégètes sur son identification: prière de l'aube selon Malek et Chafi'i, prière du midi selon Zaid Ben Thabet, ou prière de l'asr selon la majorité. Ibn Kathir adopte cette dernière opinion, s'appuyant sur le hadith de la bataille des Factions rapporté par Ahmed, Boukhari et Mouslim : «Ils nous ont empêché de nous acquitter de la prière intermédiaire. Que Dieu remplisse du feu leurs cœurs et leurs demeures.» Et dans un hadith authentifié: «Quiconque néglige la prière de l'asr, c'est comme il a perdu famille et biens.» En cas de combat et de danger réel, la prière peut être réduite à une seule rak'at selon Ibn Abbas.
V.240-242
Ces versets d'Al Baqara traitent de la viduité et du testament. Ibn Abbas rapporte que le verset 240, qui ordonnait un séjour d'un an dans le domicile conjugal pour la veuve, a été abrogé par le verset 234 qui fixe la période à quatre mois et dix jours. Ibn Al-Zoubayr demanda à Othman Ben Affan pourquoi ce verset abrogé était maintenu dans le Coran; Othman répondit qu'il n'avait pas le droit de changer l'ordre des versets, le Coran devant être transcrit tel qu'il a été révélé. Ibn Kathir précise que le verset 241, «Un petit pécule est dû aux femmes répudiées», constitue une obligation morale pour ceux qui craignent Allah, confirmant la recommandation de traiter avec dignité toute femme répudiée.
V.243-245
Ibn Kathir rapporte dans Al Baqara l'histoire de ceux qui partirent par milliers fuyant la mort — probablement une tribu des fils d'Israël qui abandonna son pays lors d'une épidémie. Arrivés dans une vallée, Allah les fit mourir, puis le prophète Ézéchiel les ressuscita après une prière. Ibn Kathir tire la leçon: nulle prévention ne peut empêcher le destin de s'accomplir, et la mort attend partout. Il rapporte les paroles du général Khaled Ben Al-Walid sur son lit de mort: «J'ai participé à tant de batailles, aucun endroit de mon corps n'a été épargné d'une blessure. Me voilà mourant sur mon lit à la façon d'un chameau.» Le V.244 exhorte au combat dans la voie d'Allah, et le V.245 au «beau prêt» consenti à Allah. Abdullah Ben Massoud rapporte qu'Abou Ad-Dahdah Al-Ansari, entendant ce verset, dit au Prophète: «Allah veut qu'on Lui prête?» Puis il céda son jardin de six cents dattiers à la cause d'Allah.
V.246-252
Ces versets d'Al Baqara racontent l'histoire des fils d'Israël après Moïse: leur demande d'un roi, la désignation de Saül (Talout), leur épreuve à la rivière, et la victoire de David sur Goliath. Ibn Kathir rapporte d'après Wahb Ben Mounabeh que les fils d'Israël s'étaient éloignés de la voie droite après Moïse, au point que leurs ennemis s'emparèrent de l'Arche sainte. Une femme de la tribu des Lévites donna naissance à Samuel — «Dieu a exaucé ma prière» — qui fut désigné Prophète. Les fils d'Israël demandèrent un roi et Allah désigna Saül, non issu de la tribu royale, ce qui suscita leur protestation. Le Prophète leur répondit: «Allah l'a préféré à vous, l'a favorisé en intelligence et en force physique.» L'épreuve de la rivière — ceux qui burent à satiété furent au nombre de 76 000 — permit de séparer les fidèles des timorés. Al-Bara' Ben Azeb raconte que les compagnons comparaient leur nombre à Badr (313 hommes) à celui qui traversa la rivière avec Saül. David tua Goliath, puis reçut la royauté et la prophétie. Ibn Kathir conclut: «Si Allah ne dressait pas les peuples les uns contre les autres, la terre retournerait au chaos» — un verset pareil à S.22, V.40. Ibn Omar rapporte ce hadith: «Grâce au musulman vertueux, Dieu repousse les malheurs de cent familles de ses voisins.»
V.253
Une hiérarchie existe parmi les Prophètes dans Al Baqara: certains ont reçu la parole directe d'Allah, d'autres ont été élevés à des degrés supérieurs. Pour réconcilier ce verset avec le hadith de Boukhari et Mouslim: «Ne me préférez pas aux autres Prophètes», Ibn Kathir présente cinq interprétations: ce hadith exprime la modestie du Prophète; il interdit la préférence suscitée par un esprit tribal; la préférence relève du droit d'Allah seul; ou il fut dit avant la révélation de ce verset. La conclusion reste: croire en tous les prophètes sans exception.
V.254
Al Baqara presse les croyants de dépenser dans la voie d'Allah avant la venue du Jour où ni transaction, ni amitié, ni intercession ne seront possibles. Les incrédules en ce Jour seront les injustes. 'Ata Ben Dinar fait remarquer: «Louange à Dieu qui a dit que les incrédules seront injustes et n'a pas dit que les injustes seront incrédules» — soulignant ainsi que l'incrédulité implique l'injustice mais que l'injustice n'implique pas toujours l'incrédulité.
V.255
Le Verset du Trône est l'un des joyaux d'Al Baqara. Ibn Kathir cite abondamment ses mérites: Oubay Ben Ka'b rapporte que le Prophète lui demanda quel est le plus grand verset du Coran, et lui révéla que ce verset «a une langue et deux lèvres pour célébrer la gloire d'Allah auprès du Trône» (Ahmede). Abou Houraira rapporte la célèbre histoire du démon qui s'introduisit dans le grenier de la Zakat et enseigna à Abou Houraira à réciter le Verset du Trône pour se protéger (Boukhari). Abou Oumama remonte au Prophète ce hadith: «Celui qui récite le Verset du Trône après chaque prière prescrite, rien que la mort ne l'empêche d'entrer au Paradis» (Nassaï et Ibn Mardaweh). Abou Houraira rapporte le Prophète: «Dans la sourate La Vache, il y a un verset qui est le chef des versets du Coran; il n'est récité dans une maison sans que le démon ne la quitte» (Al-Hakem). Ce verset concentre les attributs suprêmes d'Allah: le Vivant, Celui qui pourvoit à tout, Celui qui n'est jamais sujet à l'assoupissement, le Maître des cieux et de la terre, le Très-Haut et le Tout-Puissant.
V.256-257
Al Baqara proclame: «Plus de contrainte dans la religion.» Ibn Kathir rapporte d'après Ibn Abbas que ce verset fut révélé au sujet de Médinois qui avaient voué leurs enfants au judaïsme avant leur conversion à l'Islam. Ces enfants, en compagnie des Banou An-Nadir expulsés de Médine, soulevaient la question de leur appartenance. D'autres récits mentionnent un Médinois dont les deux fils restaient chrétiens malgré l'Islam de leur père. Une partie des exégètes considère ce verset abrogé par les versets du combat; d'autres le maintiennent pour les gens du Livre qui payent la capitation. Ibn Kathir cite le hadith du Sahih: «Allah s'étonne des gens qui entreront au Paradis enchaînés» — des prisonniers amenés de force dans les pays islamiques et qui finissent par embrasser la foi sincèrement. Au V.257, Allah est le patron des croyants qu'Il tire des ténèbres vers la lumière, tandis que le Taghout tire les incrédules de la lumière vers les ténèbres. Le pluriel «ténèbres» et le singulier «lumière» reflètent la multiplicité des formes de l'égarement face à l'unicité de la Vérité.
V.258
Al Baqara raconte ici le débat entre Abraham et Nemrod. Ce roi de Babylone, dont la tyrannie dura quatre cents ans selon certaines sources, se prétendit lui-même dieu. Abraham lui dit: «Mon Allah est celui qui donne la vie et la mort.» Nemrod répliqua: «Moi aussi je donne la vie et la mort» en faisant exécuter un condamné et grâciant un autre. Abraham défia alors: «Allah fait lever le soleil à l'Orient. Fais-le lever à l'Occident.» Confondu, Nemrod garda le silence. Ibn Kathir rapporte également la parabole de Zayd Ben Aslam: Nemrod accaparait les nourritures et les gens venaient les chercher; Abraham y alla les mains vides, remplit ses sacs de sable, et quand sa femme les ouvrit, elle y trouva de la bonne nourriture — don d'Allah. Dieu envoya ensuite une nuée de moustiques qui dévorèrent l'armée de Nemrod, et un moustique entra dans le nez du roi et l'y tourmenta jusqu'à sa mort.
V.259
Ce verset d'Al Baqara présente l'histoire d'un homme — Ali Ben Abi Taleb et Ibn Jarir pensent qu'il s'agit d'Ouzaïr ('Esdras) — qui passa près des ruines de Jérusalem détruite par Bakhtanassar et s'interrogea sur la résurrection possible de cette ville. Allah le fit mourir cent ans, puis le ressuscita. Sa nourriture était intacte, son âne n'était que des ossements que Claude vit se réunir, se recouvrir de chair et revivre devant lui. Ibn Kathir relève que cinq cas de résurrection des morts sont mentionnés dans Al Baqara: les soixante-dix hommes foudroyés au Sinaï (V.56), cette histoire (V.259), ceux qui sortirent par milliers fuyant la mort (V.243), celui qui passa auprès d'une cité effondrée (V.259), et les quatre oiseaux d'Abraham (V.260).
V.260
Dans ce passage d'Al Baqara, Abraham demanda à voir comment Allah ressuscite les morts, non par doute mais pour «passer de la science certaine à la vue de la certitude», comme l'explique Ibn Kathir. Allah lui ordonna de prendre quatre oiseaux, de les dépecer et d'en disperser les morceaux sur des collines, puis de les appeler. Les opinions diffèrent sur les espèces: Ibn Abbas dit qu'il s'agissait d'une oie, d'un autruchon, d'un coq et d'un paon; Moujahed parle d'un pigeon, d'un coq, d'un paon et d'un corbeau. Ibrahim Kathir conclut que plumes, sang, chair et membres de chaque oiseau s'envolèrent de partout pour reconstituer chaque oiseau qui vint ensuite à Abraham à pieds. Allah est sans doute Puissant et Sage dans toutes Ses décisions.
V.261-266
Al Baqara propose plusieurs paraboles sur la dépense dans la voie d'Allah. Une bonne action est décuplée, voire portée à sept cents multiples. Ibn Kathir cite le hadith de Boukhari et Mouslim : les bonnes actions sont comparables à un grain de blé qui produit sept épis de cent grains chacun. Le hadith qudsi rapporté par Ahmed confirme: «Toute bonne action, Je la décuple et même Je la rends à sept cents multiples, à l'exception du jeûne qui M'appartient.» Mais deux conditions sont nécessaires: la sincérité du cœur et la conformité à la Loi. L'aumône suivie de reproches (man) ou de torts est nulle — comme une semence sur un rocher lisse que la pluie emporte sans laisser de trace. Abou Dzarr rapporte le hadith de Mouslim : «Il y a trois hommes que Dieu ne leur parlera pas au jour de la résurrection, ne les regardera pas et ne les purifiera pas: celui qui donne en suivant ses dons de propos désobligeants...» En revanche, la dépense sincère ressemble à un jardin planté sur une colline: une pluie torrentielle le double, et une rosée lui suffit en période sèche.
V.267-269
Al-Bara' Ben Azeb explique dans Al Baqara que ce verset fut révélé au sujet de Médinois qui mélangeaient de mauvaises dattes aux bonnes pour les accrocher dans la mosquée au profit des pauvres émigrés. Dieu leur dit: ne donnez en aumône que ce que vous accepteriez vous-mêmes avec les yeux ouverts. Ibn Kathir cite le hadith d'Ahmed d'après Ibn Massoud: «Quiconque dépense en aumône des biens acquis d'une façon illicite, Allah ne bénira pas ses biens et n'acceptera plus ses aumônes.» Satan agite le spectre de la pauvreté pour retenir l'homme de dépenser, tandis qu'Allah promet Son pardon et Sa grâce. La sagesse accordée par Allah constitue un «immense bonheur» — Ibn Abbas l'interprète comme la compréhension du Coran dans toutes ses dimensions: abrogeant et abrogé, licite et illicite. L'Envoyé d'Allah confirme: «On n'a droit d'envier que deux personnes: un homme à qui Dieu a accordé des biens et qui les dépense pour la cause de la vérité, et un homme à qui Dieu a donné de la sagesse, il l'applique et l'enseigne» (Boukhari, Mouslim et Nassaï).
V.270-274
Ces versets d'Al Baqara couvrent plusieurs dimensions de la charité. Dieu connaît toute dépense et tout vœu, et les incrédules ne trouveront aucun défenseur au Jour du Jugement. Donner en public est une bonne action, mais donner en secret aux nécessiteux est encore plus méritoire et efface les péchés. Ibn Kathir cite le hadith de Boukhari et Mouslim sur les sept personnes protégées par l'ombre d'Allah au Jour du Jugement, parmi lesquelles «un homme qui dissimule l'aumône qu'il a faite de sorte que sa main gauche ne saura pas ce qu'avait dépensé sa main droite». Le V.272 précise que le Prophète n'a pas mission de convertir les hommes, et que ses dépenses en aumônes ne doivent pas être limitées aux seuls musulmans. Le V.273 loue ceux qui, entièrement consacrés à la cause d'Allah, ne peuvent pas gagner leur vie et que l'ignorant prendrait pour des riches à cause de leur dignité. Ces gens-là ne demandent pas avec importunité — l'Envoyé d'Allah précisa: «L'indigent n'est pas celui qui sollicite les gens; il est celui qui ne trouve de quoi lui suffire et personne ne se souvient de lui» (Boukhari et Mouslim).
V.275-276
Al Baqara porte la condamnation la plus sévère de l'usure. Le Prophète décrit dans un voyage nocturne des gens dont les ventres ressemblaient à des maisons pleines de vipères — les usuriers (Ahmed et Ibn Abi Hatem). Dans un autre hadith de Boukhari, l'usurier est comparé à un homme qui nage dans une rivière de sang et reçoit des pierres dans la bouche à chaque fois qu'il essaie d'en sortir. Ibn Kathir rapporte que le Prophète lors du pèlerinage de l'Adieu déclara: «Toute usure de la Jahiliah est désormais interdite, et la première que j'interdis est celle d'Al-Abbas.» Allah ruine l'usure et fait croître l'aumône: le hadith de Boukhari et Mouslim sur l'aumône qui est prise par la main droite d'Allah et grandit comme un poulain jusqu'à atteindre la taille d'une montagne. L'Envoyé d'Allah maudit «celui qui vit de l'usure, son mandataire, ses témoins et son scribe.»
V.277-281
Allah donne un ultimatum dans Al Baqara: les croyants doivent abandonner les intérêts usuraires restants, sous peine d'une déclaration de guerre de la part d'Allah et de Son Prophète. Ibn Kathir rapporte que ce verset fut révélé au sujet de Bani Amr Ben Oumayr de la tribu Thaqif et de Bani Al-Moughira de la tribu Makhzoum qui pratiquaient l'usure entre eux avant leur conversion. Les Thaqifites réclamèrent leurs intérêts après l'islamisation des Makhzoumites; ces derniers refusèrent, et ce verset descendit. Si les parties se soumettent, elles ne réclameront que leur capital sans léser ni être lésées. Le V.280 exhorte à accorder un délai au débiteur dans la gêne, voire à lui faire remise: Abou Qatada rapporte le hadith de Mouslim sur celui qui sera protégé par l'ombre d'Allah au Jour du Jugement pour avoir accordé des facilités à son débiteur. Ibn Kathir précise que selon Sa'id Ben Joubaïr, le V.281 — «Craignez le Jour où vous comparaîtrez devant Dieu» — fut le dernier verset révélé du Coran; le Prophète vécut neuf nuits après sa révélation et mourut le lundi 2 Rabi' premier.
V.282-283
Le verset le plus long du Coran se trouve dans Al Baqara. Il établit les règles complètes de la formalisation des dettes: transcription écrite par un scribe équitable, dictée par le débiteur, témoignage de deux hommes ou d'un homme et deux femmes, gage en cas de voyage sans scribe disponible. Ibn Kathir rapporte le hadith authentifié de Boukhari et Mouslim : le Prophète pratiquait les avances sur marchandises et recommanda de le faire avec «une mesure précise et un poids déterminé.» Il cite aussi la belle histoire du fils d'Israël qui, ne trouvant pas d'embarcation pour rembourser sa dette arrivée à terme, glissa mille dinars dans une planche de bois qu'il confia à la mer, invoquant Allah comme témoin — et Allah fit parvenir cette planche au créancier. L'exigence de deux femmes pour un homme dans le témoignage s'explique par le hadith de Mouslim sur le manquement de raison de la femme: «Le témoignage de deux femmes est équivalent à celui d'un seul homme.»
V.284-286
La sourate Al Baqara se clôt sur trois versets d'une extraordinaire densité. Au V.284, Allah rappelle que rien ne Lui est caché — ni les œuvres apparentes ni les pensées intérieures — et que le compte final relève de Sa décision entre pardon et châtiment. Abou Houraira rapporte que la révélation de ce verset causa une grande frayeur chez les compagnons: ils vinrent trouver le Prophète en disant «nous ne pouvons porter cela.» Le Prophète leur dit de ne pas répondre comme les gens des deux Livres — «nous avons entendu mais nous avons désobéi» — mais de dire: «nous avons entendu et nous avons obéi.» Allah révéla alors le V.285-286 en guise de réponse, allégeant la charge: «Allah n'impose à aucune âme une charge supérieure à ses forces.» Ibn Kathir rapporte le mérite exceptionnel de ces deux versets: ils furent accordés au Prophète «d'un trésor qui se trouve au-dessous du Trône» (Ahmed); Gabriel annonça: «Réjouis-toi de ces deux lumières qu'aucun Prophète avant toi n'a reçues» (Mouslim et Nassaï); Ibn Massoud rapporte que le Prophète dit: «Quiconque récite la nuit les deux derniers versets de la sourate Al Baqara, ils lui suffisent» (Boukhari). La sourate Al Baqara se referme sur une invocation que le croyant peut réciter comme armure spirituelle: «Pardonne-nous, absous nos péchés et reçois-nous dans le sein de Ta miséricorde. Tu es notre Maître. Accorde-nous la victoire sur les peuples infidèles.»
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